
Libreville, le 20 octobre 2025 – (Dépêches 241). Ce lundi 20 octobre, au siège du média en ligne Gabon Média Time (GMT), le collectif des organisations de la presse a tenu un point de presse relatif à l’arrestation jugée scandaleuse du directeur de publication de GMT, Harold Leckat, interpellé le 15 octobre dernier à sa descente d’avion. Le collectif dénonce non seulement la méthode employée, mais aussi la prolongation de sa détention dans des conditions inhumaines à la Direction générale des recherches (DGR). Il exige sa libération immédiate et sans condition.
Réunissant l’OPAM, l’UPJ section Gabon, le RENAJI, Media & Démocratie – Gabon, le représentant local de RSF et le CPP, le collectif s’est insurgé contre la dérive autoritaire des autorités actuelles, qui reproduisent insidieusement les méthodes du régime d’Ali Bongo, dont elles prétendent pourtant avoir libéré le pays. En effet, le 15 octobre, des agents en civil, non identifiés, n’arborant ni uniforme ni insigne, ont procédé à l’arrestation illégale du journaliste, sans lui notifier les motifs de son interpellation. Une pratique qui s’apparente davantage à un enlèvement qu’à une arrestation conforme au droit.
Indigné par ces procédés humiliants et dégradants, le collectif a rappelé que Harold Leckat n’est ni un délinquant, ni un terroriste, mais un professionnel de la presse connu pour son courage et son engagement citoyen. Par son travail, il a contribué à la libération de la parole publique et à la dénonciation des dérives du régime déchu, au péril de sa vie et de celle de ses collaborateurs.
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Le collectif a rappelé, à titre d’exemple, la co-rédaction par Harold Leckat, aux côtés de Mays Mouissi, de l’ouvrage, « 105 promesses, 13 réalisations : le bilan du second septennat d’Ali Bongo ». Ce rapport, devenu une référence tant au Gabon qu’à l’international, lui avait valu menaces et intimidations. « Harold Leckat est un patriote. Il a choisi de rester au pays malgré les dangers. Il ne mérite pas ce traitement indigne », a martelé le collectif.
Se référant à la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 16 novembre 2024, le collectif a dénoncé une violation flagrante de l’article 16, qui stipule qu’« aucune personne ne peut être gardée à vue ou placée sous mandat de dépôt si elle présente des garanties suffisantes de représentation ». Dans le cas présent, Harold Leckat dispose d’un domicile fixe à Libreville, d’un emploi régulier en tant que directeur de publication de GMT et de solides attaches familiales. Rien ne justifiait donc cette arrestation manu militari.
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Inquiet de la résurgence de pratiques autoritaires qui rappellent le régime d’Ali Bongo, le collectif appelle les autorités, au premier rang desquelles le président de la république Brice Clotaire Oligui Nguema, à un sursaut républicain. Contrairement aux rumeurs orchestrées par certains médias complaisants, il ne s’agit nullement d’un détournement de fonds publics.
D’autant qu’« Harold Leckat n’est ni dépositaire de l’autorité publique, ni chargé d’une mission de service public, encore moins comptable public », a précisé le collectif. Cette affaire, qui évoque un supposé contrat non exécuté avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC), apparaît plutôt comme un prétexte pour faire taire un journaliste trop libre de ton.
Pour les organisations signataires, cette détention arbitraire procède d’une volonté manifeste de museler la presse et d’instaurer un climat de peur. Car certaines figures du pouvoir, allergiques et réfractaires à la critique, cherchent à faire de Harold Leckat un exemple pour dissuader toute voix dissonante au sein de la presse gabonaise. Ainsi, toutes les charges ou accusations portées contre le journaliste apparaissent davantage comme des prétextes mal agencés pour le museler.
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En conséquence, le collectif, résolu à obtenir la vérité dans cette affaire, exige la libération immédiate et sans condition de Harold Leckat, symbole d’une presse libre et indépendante. Il rappelle que tout différend contractuel entre entreprises relève du tribunal de commerce, et non du pénal. Le maintien en détention du journaliste, contraint de dormir menotté sur une chaise, sans accès à des conditions humaines minimales, constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux de l’homme. Le régime de la Ve République, censé rompre avec les dérives du passé, ne saurait s’accommoder d’une telle régression envers les journalistes.







