Gabon: libérés par le nouveau régime, les Bongo-Valentin seront jugés en leur absence le 10 novembre

Sylvia et Nourredin Bongo Valentin ne seront pas présents pour leur audience  ©ImageBrut

Libreville le 22 octobre 225 – (Dépêches 241). Le 10 novembre prochain devait marquer un tournant historique pour la justice gabonaise. C’est du moins ce que laissait espérer l’annonce du procès de Sylvia Valentin Bongo et de son fils, Noureddin Bongo Valentin, figures centrales du système déchu. Mais à mesure que la date approche, la perspective de voir les deux anciens détenus comparaître s’éloigne inexorablement. Sortis discrètement de la prison centrale de Libreville en mai dernier, puis exfiltrés vers Luanda, en Angola, avec l’ex-Président Ali Bongo, Sylvia et Noureddin semblent désormais hors de portée d’une justice qui prétend pourtant vouloir tourner la page d’un régime corrompu.

Après presque deux ans de détention préventive, ponctués selon les concernés de sévices, de tortures et d’humiliations, les anciens pensionnaires de la prison centrale de Libreville ne comptent pas se soumettre à ce qu’ils qualifient déjà de « procès spectacle ». Leur avocat, Me Pierre-Olivier Sur, a été catégorique : « L’ex-Première Dame et son fils ne se rendront pas au Gabon pour leur procès prévu le 10 novembre. » Dans une déclaration rapportée par Brut Afrique, il a dénoncé un simulacre de justice et refusé que ses clients « retournent sous la garde de leurs tortionnaires ». Une prise de position qui, au-delà du symbole, met en lumière l’évidente fragilité du dossier judiciaire et la politisation d’une procédure censée réhabiliter la justice gabonaise.

Dans l’opinion, il faut dire que ce procès, sur le fond comme dans la forme, porte les stigmates d’une justice de plus en plus considérée comme étant instrumentalisée. Sylvia et Noureddin Bongo Valentin sont accusés d’une série de crimes graves: faux et usage de faux, détournement de fonds publics, trafic de la signature du chef de l’État, association de malfaiteurs, voire haute trahison. Mais à ce jour, aucune preuve tangible n’a été présentée à l’opinion. Les intéressés, pour leur part, dénoncent une cabale politique visant à légitimer un régime d’oppression encore en quête de reconnaissance populaire et internationale. Derrière le vernis judiciaire, c’est bien la volonté de faire oublier l’illusion du coup de force du 30 août 2023 qui transparaît, toujours selon les mis en cause.

Plus troublant encore est l’opacité qui entoure leur libération et leur sortie du territoire. Le Procureur Général Eddy Minang avait justifié cette mesure par des raisons « humanitaires et médicales ». Or, il est difficile de croire que le Gabon ait pu ignorer les conséquences politiques et judiciaires d’une telle décision. Comment expliquer qu’à la veille d’un procès présenté comme exemplaire et historique , les principaux accusés aient été autorisés à quitter le pays ? Cette légèreté judiciaire confine à la complaisance, sinon à la manipulation.

Le risque semble grand que ce procès ne soit qu’une mascarade de plus. S’il se tient malgré tout, il se fera sans les principaux intéressés et sans la moindre garantie d’indépendance. Dans un contexte où le nouveau régime pourrait chercher à donner des gages de moralisation, la justice gabonaise risque de s’exposer une fois encore, en étant réduite à un simple instrument de communication politique.

Au-delà des spéculations, ce procès avorté illustre la faillite d’un appareil judiciaire encore fortement accroché au pouvoir Exécutif. Loin de rétablir la vérité ou de rendre justice au nom du peuple, cette procédure met à nu le double visage d’un régime qui semble prôner la rupture en permanence, mais reproduit les mêmes réflexes d’antan. Le peuple gabonais, une fois encore, n’assistera pas à l’émergence d’un État de droit, mais à la prolongation d’un théâtre où les acteurs changent, sans que le scénario, lui, ne soit réécrit. 

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