
Libreville, le 22 octobre 2025 – (Dépêches 241). Le monde des médias gabonais est secoué comme jamais auparavant depuis l’annonce de la mise sous mandat de dépôt du journaliste Harold Leckat, Directeur de Publication du site d’information en ligne Gabon Média Time (GMT), le lundi 20 octobre dernier. Arrêté le 15 octobre à sa descente d’avion, il a été déféré à la prison centrale de Libreville dans une supposée affaire d’escroquerie liée à un contrat entre la société Global Média Time, dont il est le gérant, et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Seulement, alors que le journaliste est accusé de tous les maux, la Direction de la CDC qui a signé le contrat, qui l’a renouvelé 4 ans durant et qui devait s’assurer de la régularité du respect de la passation du marché publics n’est pas inquiétée.
Selon les déclarations de son avocat Anges Kevin Nzigou, il est reproché à Harold Leckat des faits d’escroquerie, de passation illégale de marchés publics et de surfacturation dans le cadre d’un contrat d’assistance en communication. Pourtant, à y regarder de plus près, cette affaire soulève de nombreuses interrogations et révèle, selon plusieurs observateurs, une manœuvre politique grossière visant à faire taire un journaliste trop indépendant.
Le plus choquant dans ce dossier demeure l’extrême asymétrie des poursuites. Harold Leckat est aujourd’hui le seul poursuivi, alors même que le contrat en question a été négocié, signé, et renouvelé pendant quatre ans par l’ancienne Direction Générale de la CDC. À l’époque, celle-ci était dirigée par Patricia Manon, qui n’est aujourd’hui ni inquiétée, ni citée , alors même que son rôle de gestionnaire des deniers publics l’obligeait à vérifier la régularité et la légalité de toute convention, en conformité avec la loi sur la passation des marchés publics.
La mise sous mandat de dépôt de Harold Leckat intervient alors qu’il n’est ni dépositaire de l’autorité publique, ni gestionnaire des deniers publics, ni comptable public. Pendant ce temps, les véritables responsables de la CDC, directement impliqués dans le contrat en question, jouissent d’une liberté totale. Cette injustice flagrante démontre que la justice gabonaise ne poursuit pas la vérité, mais cible un symbole à travers une procédure à charge contre un seul homme. « On reproche à Harold Leckat des faits d’escroquerie, de passation illégale de marchés publics, de surfacturation dans le cadre d’un contrat d’assistance de communication », a rappelé son avocat, Me Anges Kevin Nzigou, au micro de Radio France Internationale (RFI)
Ce dernier de poursuivre en indiquant que « Ce qui choque, c’est que Monsieur Leckat est le seul poursuivi, alors qu’il n’a pas signé ces documents seul ». Une façon de rappeler que son client n’a aucune fonction publique, n’est ni ordonnateur, ni comptable public, ni dépositaire de l’autorité publique avant de poursuivre « c’est un montage grossier. Depuis quand un prestataire privé décide-t-il du mode de passation d’un marché public ? On parle d’escroquerie, mais qui a été trompé ? Où est la fausse qualité ? » interroge l’avocat.
La question de fond reste donc entière : si irrégularité il y a eu dans le contrat, la responsabilité incombe-t-elle uniquement à Harold Leckat et GMT ? Ou ne faudrait-il pas se tourner vers l’ancienne direction de la CDC, chargée de garantir la légalité de ses actes et de valider les engagements financiers de l’établissement public ? Pourquoi Patricia Manon, alors directrice générale de l’institution, n’est-elle pas inquiétée, alors que le contrat en question n’aurait jamais pu exister sans son aval ? Comment la CDC a-t-elle fait pour payer chaque mois et renouveler pendant 4 ans un contrat avec un prestataire qui prétendument ne réalisait pas ses prestations et donc percevait les fonds indûment ?
Ce silence judiciaire autour de l’ancienne direction de la CDC jette une ombre sur l’impartialité de l’enquête, et renforce l’idée d’un procès politique orchestré contre un journaliste jugé trop critique du pouvoir en place. Il est évident que l’incarcération du patron de GMT si tant est qu’elle repose sur des faits et éléments d’escroquerie ou de perception indue des fonds ne saurait concerner que sa seule personne sans citer l’entreprise étatique qui a laissé courir le contrat depuis 2020.
Cette situation tend à crédibiliser le narratif de l’avocat de la défense qui évoque une cabale montée de toutes pièces pour faire taire un journaliste trop dérangeant. Le fait que l’ancien directeur de la CDC à l’origine du contrat, ainsi que son successeur qui aurait continué à honorer les paiements dudit contrat, soient tous deux libres, mettent en relief et soutiennent les suspicions d’un traitement arbitraire de l’affaire.







