
Libreville, le 29 Octobre 2025 – (Dépêches 241). Ce mercredi, la salle d’audience du Parquet général a retrouvé un air de déjà-vu. Derrière les micros, Eddy Minang, Procureur Général près la Cour d’Appel Judiciaire de Libreville, s’est prêté à l’exercice rare mais délicat d’une conférence de presse de l’institution judiciaire. Une rencontre avec les médias du reste très attendue pendant laquelle, l’affaire Hervé Patrick Opiangah (HPO) a de nouveau été soulevée.
De retour au Gabon depuis quelques mois, Hervé Patrick Opiangah, ancien ministre des Mines, ancien député et figure politique majeure qui a officialisé son retour dans son pays par l’inauguration d’une usine de fabrication de chips, continue de faire l’objet de poursuites judiciaires que beaucoup qualifient de viciées, instrumentalisées et dénuées de fondement. Les raisons de ces présomptions et suspicions, le déclenchement d’une action publique sans plainte déposée dans les délais, sans aucune preuve tangible, sans aucune victime, sans aucun aveu, si ce n’est celui, implicite, d’une procédure qui semble chercher son sens plus qu’elle ne cherche la vérité, l’expression du droit et la légalité.
Interpellé sur la possibilité de maintenir des poursuites dans un dossier sans fondement matériel, le Procureur Général a préféré jouer la carte de la prudence. Lorsqu’un journaliste a posé la question de savoir s’il « est juridiquement possible de maintenir des poursuites dans un dossier sans preuve, sans victime et sans aveux ? » la salle a retenu son souffle. Le Procureur Général, visiblement peu enclin à s’aventurer sur le terrain du fond, a alors répondu: « Vos questions sont pertinentes. Mais je dois vous rappeler qu’au terme de l’article 4 alinéa 1 du code de procédure pénale, l’instruction est secrète. Cette affaire étant encore pendante en instruction, notamment chez le 1er juge d’instruction, je suis obligé de ne pas donner plus d’éléments, de peur de violer le secret de l’instruction », a déclaré Eddy Minang.
Une question simple, une réponse fuyante
S’il est juste et cohérent de reconnaître que la réponse du Procureur Général Eddy Minang est juridiquement correcte, on ne saurait éluder le fait que bien qu’il ait reconnu la pertinence de la question, sa réponse demeure tout de même politiquement prudente et intellectuellement évasive. Dans le même sens, en vertu des dispositions légales, il est vrai que le secret de l’instruction protège le bon déroulement des enquêtes, garantit la présomption d’innocence et évite la médiatisation excessive des dossiers, mais il ne saurait être un paravent commode pour éluder les débats de droit.
Dans le cas d’espèce, il n’était pas question pour Eddy Minang de révéler des pièces de dossier et le secret de l’instruction mais d’indiquer et d’expliquer sur quelle base et fondement juridique, en l’absence de preuve et de victime, des poursuites peuvent se justifier. En droit pénal, il est connu de notoriété publique que l’action publique suppose une infraction, un préjudice, des éléments matériels, moraux et une victime identifiable. En l’absence de ces éléments, la procédure se vide de son sens. Par quoi peut alors se justifier le maintien des poursuites contre Hervé Patrick Opiangah ?
Cette question, simple et légitime, en réalité ne viole en rien le secret de l’instruction. Elle relève au contraire du principe de légalité des poursuites, pierre angulaire du droit pénal. Car si la procédure pénale est secrète, le droit lui ne l’est pas. Il s’enseigne, se cite, se vulgarise, se commente et s’applique au grand jour.
Le « Secret de l’instruction » comme formalisme procédural pour éviter l’éclaircissement ?
Dans l’affaire HPO, le mutisme du Parquet général en dit peut-être plus long que ses mots. En se retranchant derrière le « secret de l’instruction », Eddy Minang évite d’aborder le cœur du problème: comment justifier la survie juridique d’un dossier que même la logique peine à défendre ? Une affaire sans victime, sans plainte, sans preuve, sans aveux, c’est un dossier sans colonne vertébrale. C’est une vérité qui se dérobe sous le poids des formules juridiques et d’un système judiciaire où le pouvoir d’accuser semble primer sur le devoir de prouver.
La justice gabonaise, à laquelle le peuple aspire à faire confiance, ne peut se satisfaire d’un formalisme procédural brandi comme un bouclier contre la vérité. La transparence n’est pas l’ennemie du secret. Elle en est le contrepoids nécessaire. Hervé Patrick Opiangah, figure controversée pour certains, respectée pour d’autres, n’est ici qu’un symbole d’une dérive plus large: celle d’une justice qui, parfois, semble préférer le confort du silence à l’inconfort de la clarté.
Dans cette affaire, appuyée en cela par la réponse du Dr Eddy Minang, tout porte à croire qu’à défaut des preuves, la justice se drape de mystère. À défaut de victime, elle invente une ombre. Et à défaut de répondre, elle invoque le secret. À force de botter en touche, le Parquet général risque de transformer le terrain judiciaire en un champ d’interrogations sans fin. Car dans cette affaire, la seule chose qu’on instruit vraiment, c’est le mystère d’une vérité qui finira peut-être par apparaître même entre les lignes d’une communication trop prudente.







