Octobre Rose: un buzz institutionnalisé, le faste, les foulards et le silence des mourants

Octobre Rose, quand la sensibilisation, la communication, les danses et les chants étouffe les cris des malades ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 31 octobre 2025 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs années, le mois d’octobre constitue un moment important au cours duquel les organisations internationales, associations, Gouvernements et États se réunissent pour une cause: la lutte contre les cancers féminins, principalement celui du sein, qui fait d’énormes ravages au sein des populations africaines. Au Gabon, l’événement se célèbre à coups de grandes campagnes de communication laissant croire à une prise en charge effective des victimes de ce fléau. Et pourtant, dans les faits, il n’est pas rare de constater que de nombreuses malades décèdent de ce cancer faute d’un accompagnement réel. La dernière en date: le décès d’une patiente il y a quelques jours, pour défaut de prise en charge d’une ordonnance d’un montant avoisinant 700 000 francs CFA.

Octobre Rose: un buzz institutionnalisé ou un réel engagement des autorités gabonaises dans la lutte contre les cancers féminins ? Cette question légitime taraude de nombreux esprits. Beaucoup d’observateurs ont le sentiment que ce mois est devenu une opération de communication de plus, plutôt qu’un moment d’action concrète. Le Gouvernement, qui ne manque jamais une occasion de se mettre en avant, semble davantage utiliser cet événement pour sa visibilité que pour impulser une politique publique de santé efficace et durable. Pendant ce temps, celles qui souffrent continuent de mourir dans le silence et l’indifférence.

Cette situation est d’autant plus grave que les médicaments et la prise en charge des patients atteints de cancer coûtent excessivement chers. La majorité des malades, issus de milieux modestes, reposent leurs derniers espoirs sur les assurances, notamment la CNAMGS. Malheureusement, c’est souvent au moment où les patientes ont le plus besoin d’aide que cette institution s’enlise dans des lenteurs administratives et des problèmes structurels. Les conséquences sont tragiques: des décès évitables dus à l’incapacité financière d’acheter des traitements vitaux.

Il y a quelques jours, un collectif de femmes souffrant de cancer a interpellé les plus hautes autorités, appelant le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à agir urgemment pour mettre à disposition les médicaments manquants. Leur objectif: attirer l’attention sur une pénurie persistante dans les pharmacies hospitalières. Mais leur appel semble être tombé dans l’indifférence générale. L’une d’entre elles est décédée quelques jours plus tard, faute de soins.

Octobre au Gabon, mirroir d’un Etat sans compassion 

Un drame d’autant plus insupportable que le Gabon dispose d’un pouvoir financier bien supérieur à celui de nombreux pays africains confrontés aux mêmes défis sanitaires. Ce décès, qui a suscité un tollé sur les réseaux sociaux et dans certains milieux politiques, constitue une véritable honte nationale. À ce jour, les autorités ne semblent toujours pas s’en émouvoir. Le Gouvernement préfère maintenir l’illusion d’une mobilisation à travers des défilés, des foulards roses, des danses et des spots publicitaires creux. 

Octobre Rose, qui devrait être un mois d’action et de compassion, s’est transformé en vitrine institutionnelle où la communication supplante la politique sanitaire. Derrière les sourires des cérémonies officielles, la réalité des hôpitaux et des familles endeuillées contraste violemment avec le discours gouvernemental. Pendant que l’État parade, les malades, elles, se battent seules contre la mort.

Ainsi, le Gabon, en tant que pays pétrolier et riche de nombreuses matières premières, n’a aucune excuse pour laisser mourir ses filles faute de médicaments. Tant que la lutte contre le cancer se résumera à des campagnes de sensibilisation sans véritable structuration du système de santé, Octobre Rose restera un rituel vide de sens, un buzz institutionnalisé destiné à masquer l’inaction publique. Les malades n’ont pas besoin de rubans roses, mais de traitements disponibles, d’hôpitaux fonctionnels et d’un État réellement engagé à leur côté. 

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