Gabon: Harold Leckat, 15 jours de détention préventive et le secret d’instruction comme arme pour ne pas éclairer l’opinion ?

Face à l’incohérence et à l’illogique, la justice gabonaise brandit le secret d’instruction © DR

Libreville, le 5 novembre 2025-(Dépêches 241). Quinze jours, c’est la durée qu’Harold Leckat, Fondateur et Directeur de Publication du média en ligne Gabon MediaTime (GMT) a déjà passé en détention préventive à la prison centrale de Libreville. Alors que sa famille, ses employés ainsi que ses avocats continuent d’attendre sa libération, le Procureur Général près la Cour d’Appel Judiciaire de Libreville, Eddy Minang, a récemment brandi le secret de l’instruction comme refuge, pour ne pas davantage éclairer l’opinion sur les raisons de l’incarcération du journaliste. Toute chose qui participe à entretenir des suspicions de règlements de comptes à l’endroit de ce patron de presse.

Le fait est inédit au Gabon et suffisamment inquiétant. Un patron de presse cueilli tel un dangereux criminel à l’aéroport à son retour de France, ce malgré son accord de déférer devant les locaux de la Direction Générale des Recherches (DGR) où il devait répondre à une plainte le 16 octobre dernier. Menotté à une chaîne où il était obligé de passer des nuits, Harold Leckat a été présenté au Procureur et écroué à la prison centrale de Libreville le 20 octobre dernier. 

Un questionnement qui soulève des doutes sur les raisons véritables de son incarcération 

Suivant les chefs d’accusation évoqués par le Procureur de la République, Bruno Obiang Mvé, Harold Leckat se serait rendu coupable d’escroquerie et de non-respect des procédures d’attribution de marchés publics. Des accusations difficiles à soutenir en droit, car suscitant des interrogations claires. Appartient-il au fournisseur ou prestataire de service, dans le cas d’espèce, de définir les modalités de passation des marchés publics ? 

Un tiers, c’est-à-dire une personne non dépositaire d’autorité publique, peut-il être poursuivi pour des faits de violation du Code des Marchés Publics? La responsabilité du respect des règles de passation des Marchés publics incombe-t-elle au contractant, ici l’État ou au cocontractant, en l’espèce, le prestataire ? Ces questions en bon droit se posent. Au-delà du droit, c’est une explication rationnelle et logique qui avait été demandée à Eddy Minang, Procureur Général.  

Le secret de l’instruction comme refuge pour ne pas éclairer l’opinion sur ce dossier

La situation du journaliste Harold Leckat n’a pas laissé insensibles les gabonais. Du monde politique, administratif à sa corporation de journaliste, les hommages continuent de se multiplier, demandant plus d’informations sur les raisons de son incarcération. Interrogé sur le sujet lors de sa récente conférence de presse, le Procureur Général, Eddy Minang, a de nouveau brandi l’argument du secret d’instruction, renforçant de plus en plus les doutes de l’opinion dans cette affaire, qui observe, sans possibilité de changer le cours des choses, à une faillite systémique de l’institution judiciaire Gabonaise, pourtant censée être restaurée.

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