Affaire Nourredine : l’homme qui « n’a que faire des institutions fortes » convoque les magistrats à la veille du procès

Convoquer des magistrats à la veille d’un procès important et attendu, est un schéma représentatif de la séparation des pouvoirs © DR

Libreville, le 6 novembre 2025 – (Dépêches 241). À la veille d’un procès sensible dans l’« affaire Nourredine », le ministre de la Justice, Séraphin Davain Akoure, a convoqué plusieurs magistrats pour une réunion « de travail ». Une initiative qui soulève de sérieuses interrogations sur l’indépendance de la justice gabonaise et relance le débat sur l’immixtion du politique dans le judiciaire.

Dans un contexte où la justice gabonaise peine à se départir de son image d’institution sous influence, la convocation par le ministre de la Justice de magistrats à la veille d’un procès hautement symbolique interroge. Pourquoi un membre du gouvernement, donc du pouvoir exécutif, juge-t-il nécessaire de réunir des juges avant une audience ? Pour leur transmettre des instructions ? Les orienter dans leurs décisions ? 

Une telle démarche heurte de plein fouet le principe sacré de la séparation des pouvoirs, tel que formulé par Montesquieu dans « L’Esprit des Lois ». En se plaçant ainsi au-dessus des institutions judiciaires, le ministre semble ignorer que la force d’un État réside justement dans l’indépendance de ses contre-pouvoirs.

Cette initiative s’inscrit dans un climat déjà lourd de soupçons. Depuis plusieurs mois, les débats sur l’instrumentalisation de la justice gabonaise se multiplient. L’affaire dite des vidéos des Bongo-Valentin, montrant des magistrats au domicile de l’ancien chef d’État sous « ordre du président de la République», a profondément ébranlé la confiance du peuple dans l’impartialité du système judiciaire. L’attitude du ministre Akoure Davain, loin de dissiper ces doutes, les renforce. En agissant de la sorte, il confirme aux yeux de l’opinion que la justice demeure un outil au service du pouvoir politique plutôt qu’un pilier indépendant de la démocratie.

Peut-on réellement s’étonner de cette dérive quand celui qui dirige le département de la Justice est le même qui affirmait sans détour qu’« on n’a que faire des institutions parce qu’on ne les mange pas » ? Cette phrase, symptomatique d’un rapport désinvolte à la légalité républicaine, éclaire tristement l’orientation actuelle du ministère. En convoquant les magistrats, Séraphin Davain Akoure ne fait que donner corps à une vision du pouvoir où les institutions ne sont que des instruments de circonstance. 

À l’heure où le Gabon aspire à refonder la République sur des bases solides, ce mépris affiché pour l’indépendance judiciaire illustre à quel point la promesse d’une justice libre reste, pour l’heure, lettre morte.

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