
Libreville, le 12 novembre 2025-(Dépêches 241). Alors que la Ve République devait se distinguer de la précédente en mettant au centre de ses préoccupations les mécanismes de valorisation de la jeunesse, elle semble, elle aussi, vouée à reproduire à l’identique les traditionnelles manipulations du régime référentiel d’Ali Bongo. L’illustration en a été faite lundi 10 novembre, à l’ouverture du très controversé procès des Bongo-Valentin, qui s’est tenu au tribunal de première instance de Libreville. Procès qui a vu une horde de jeunes particulièrement affamés, et visiblement sous ordre, manifester aux abords des lieux. Une scène d’une tristesse inouïe, qui rappelle inlassablement le sort tragique que lui réservait naguère le régime déchu.
Le nouveau pouvoir de Libreville semble partager avec celui d’Ali Bongo, déposé le 30 août 2023, un héritage commun : le sentiment de détestation quasi-vénale de la jeunesse gabonaise. Car, comme le faisait déjà le despote déchu, les nouvelles autorités ne semblent reconnaître l’utilité des jeunes aujourd’hui que lorsqu’il s’agit de les manipuler, en les envoyant manifester pour des causes futiles, non essentielles à la majorité. L’illustration s’est malheureusement faite ces derniers jours, notamment le 10 novembre, à l’ouverture du procès de Sylvia Bongo Ondimba, ancienne première dame du pays, et de son fils Nourredin Bongo Valentin, où des jeunes, manifestement désœuvrés, ont envahi les abords du tribunal où se déroulait le procès.
Une situation problématique et profondément triste, qui rappelle avec amertume les œuvres obscurantistes du régime répugnant des Bongo-Valentin. Au lieu de trouver des solutions au chômage des jeunes, qui avoisine 50 %, de mettre en place des mécanismes efficaces de lutte contre la délinquance juvénile, de travailler à rendre le système éducatif performant, ou encore de promouvoir des politiques publiques favorables à l’épanouissement de la jeunesse du Gabon, le nouveau pouvoir se veut la continuité du système déshumanisant qu’il prétendait combattre. Au lieu d’en faire la promotion en lui octroyant de meilleures conditions de vie et d’existence, les autorités actuelles s’en servent, comme d’un cheval de Troie, celui-là même qui doit venir légitimer leur incapacité à traduire en actes les nombreuses promesses et engagements qu’elles ont feint de prendre. Visiblement, c’est le seul moment où elle leur semble utile.
Un comportement déshonorant et particulièrement vil pour la jeunesse gabonaise. Pourtant, la logique et la richesse du pays voudraient qu’elle soit une jeunesse sacrée, parce qu’elle devrait être le relais futur des gouvernants actuels, elle est volontairement sacrifiée pour continuer à donner un souffle de vie à un pouvoir politique qui s’enlise de plus en plus et qui n’a d’intérêts que ceux des élites moribondes qui gouvernent le pays depuis plus de soixante ans. Le comble de l’ironie, c’est qu’au lieu que la jeunesse se lève pour défendre ses propres intérêts, elle se fait, volontairement ou non, complice d’une classe politique qui n’a que faire d’elle.
Coupures intempestives d’électricité, absence quasi permanente d’eau dans les robinets depuis des décennies : personne ne manifeste. Refus vraisemblablement volontaire des pouvoirs publics de trouver les réponses au fléau du chômage, système éducatif en lambeaux, mais aucune organisation de jeunesse ne proteste. Mais à l’instant où les autorités se sentent en danger, elles sortent leur arme fatale : envoyer les jeunes dans la rue scander des slogans ou lire des discours qu’ils ne comprennent très souvent pas, en échange de quelques billets de banque. À travers ces actes d’un autre temps, non seulement la Ve république démontre qu’elle n’a aucune considération pour les jeunes de ce pays, mais elle met aussi en lumière l’inconscience devenue culturelle d’une jeunesse qui refuse de se prendre en main et choisit, parfois au forceps, de se soumettre à un pouvoir qui ne lui témoigne aucun intérêt.
Alors que le nouveau régime s’est, lui-même, illustré à travers des actes mensongers, des promesses non tenues, des engagements illusoires, un certain nombre de jeunes préfèrent user de leur ventre au lieu de donner la primeur à leur cerveau. Ils se sacrifient pour une élite politique malsaine, imbue d’elle-même et prête à tout pour se maintenir et continuer à bénéficier des avantages indus liés à leurs strapontins. Eux et seulement eux, jamais les autres. Ainsi, le procès des Bongo-Valentin et compagnie vient mettre à nu les véritables intentions du pouvoir actuel à l’endroit de la jeunesse. Pour lui, elle n’aurait d’utilité que lorsqu’il s’agit de la mobiliser pour défendre ses intérêts égoïstes.
Pendant que le peuple réclame une justice indépendante, équitable et transparente, le nouveau régime, en contradiction totale avec ses discours officiels, a volontairement choisi d’outrepasser la justice, en faveur d’arrangements familiaux. Toute chose qui a permis aujourd’hui aux Bongo-Valentin de se retrouver à la fois hors de prison et loin du pays. Il ne saurait donc être question de faire croire à l’opinion que cette sombre famille a échappé d’elle-même à la justice gabonaise. Car, en réalité, ce sont les autorités actuelles qui lui ont offert, sur un plateau d’or, les moyens de s’en extirper. Et instrumentaliser la jeunesse, à travers des marches ou d’autres formes de manifestations, ce n’est plus une simple manipulation de l’opinion : cela s’apparente à une manœuvre résolue de perpétuer le système d’injustice et de corruption qui gangrène le pays depuis plus d’un demi-siècle. Résultat : caporalisation totale de la justice.
Dès lors, à défaut de véritables initiatives de changement ou de rupture de la part des autorités, il appartient désormais à la jeunesse consciente gabonaise de refuser de se laisser manipuler par des politiques qui veulent préserver à tout prix leurs intérêts. Sans quoi, non seulement le gouvernement perpétuera ses manœuvres dilatoires, mais il risque de le faire, encore et toujours, sous couvert du soutien inconditionnel d’une jeunesse affamée







