Les Valentins condamnés à 20 ans de réclusion criminelle : Une justice implacable avec certains, amnésique avec d’autres

Sylvia Bongo et son fils condamné pour leurs crimes, mais le système épargné © DR

Libreville, le 14 Novembre 2025 – (Dépêches 241). La justice vient de rendre son verdict dans l’affaire dite des Valentin: Sylvia Bongo Ondimba et son fils, Nourredin, héritiers déchus d’un pouvoir longtemps considéré comme intouchable, écopent chacun de vingt ans de prison, assortis du gel de leurs avoirs et d’un mandat d’arrêt. Une sentence qui se veut exemplaire, mais dont la mise en scène soulève plus de questions qu’elle n’en résout.

Après des mois d’une procédure savamment orchestrée, la condamnation des deux proches d’Ali Bongo Ondima transformés en piliers du Palais et du régime par les militaires n’a surpris que ceux qui croyaient encore aux miracles judiciaires. La sévérité de la peine, vingt ans, gel des comptes, mandat d’arrêt, semble davantage répondre à une nécessité politique qu’à un souci d’équité. On ne juge plus seulement des individus : on met symboliquement en scène la fin d’un règne, avec tout le cérémonial que cela implique.

Il est fascinant de constater à quelle vitesse la justice, longtemps timorée face à la famille régnante, a retrouvé sa vigueur dès lors que le vent du pouvoir a tourné. Ce même appareil judiciaire qui, hier encore, semblait paralysé face aux excès du clan, se montre désormais intraitable. À croire que la verticalité de la loi dépend étroitement de la direction du vent politique. L’indépendance judiciaire, elle, demeure manifestement une notion à géométrie variable.

Une justice qui se découvre des muscles

Si cette condamnation offre l’illusion d’un nouveau départ, elle ne saurait masquer l’essentiel : on a puni les héritiers, mais épargné l’architecte. Le procès semble avoir soigneusement évité certaines responsabilités, comme si la culpabilité s’arrêtait opportunément aux portes du cercle familial. En ce sens, la sentence ressemble moins à une rupture avec l’ancien système qu’à un réaménagement cosmétique destiné à rassurer l’opinion. Derrière le vernis judiciaire, les logiques de pouvoir, elles, n’ont pas changé.

On ne peut qu’être frappé par l’incohérence presque théâtrale d’une justice qui se montre inflexible avec les Valentins, tout en ayant ouvert les portes de la liberté,  au nom, paraît-il, de l’État de droit, à des individus impliqués dans la distraction de plus de 4 000 milliards de francs CFA. L’indignation judiciaire semble, elle aussi, connaître ses préférences : elle frappe avec fracas là où le symbole est commode, mais s’évapore soudain lorsqu’il s’agit d’acteurs dont les forfaits sont autrement plus colossaux. Une sélectivité judiciaire qui confine au surréalisme.

L’État de droit à géométrie variable

La libération de ces grands prédateurs financiers, habillée d’un discours emphatique sur le respect des procédures, ressemble moins à un sursaut démocratique qu’à une opération d’aseptisation politique. Le contraste est saisissant : d’un côté, on érige des peines exemplaires pour signifier la fin d’un règne ; de l’autre, on relâche discrètement ceux qui ont méthodiquement siphonné l’économie nationale, comme si leur responsabilité relevait d’une catégorie à part, trop sensible ou trop encombrante pour être traitée publiquement. Le droit, manifestement, ne s’applique pas avec la même intensité pour tout le monde.

Un procès contumace sans logique ni crédibilité

Dans ce contexte, juger par contumace des personnes qui, il y a encore peu, étaient bel et bien détenues sur le territoire national relève d’une absurdité presque burlesque. Quel sens y a-t-il à poursuivre aujourd’hui, à distance, ceux qu’on a soi-même laissés partir dans la pénombre d’un secret d’État ? Une justice qui libère d’abord pour juger ensuite perd inévitablement en cohérence, en crédibilité et en autorité morale. Il ne reste alors qu’un simulacre de rigueur, une pièce jouée pour la forme, où l’on poursuit des absents pour mieux détourner l’attention des présents qu’on protège.

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