Gabon: Ndong Obiang de l’espérance à l’éclipse, chronique d’une promesse de rupture devenue une continuité 

François Ndong Obiang pèse-t-il encore dans le paysage national ? A-t-il encore une consistance, une capacité d’influence, une autorité réelle, ou n’est-il plus qu’un symbole vidé de sa substance ? © DR

Libreville, le 20 novembre 2025 – (Dépêches 241). Il fut l’une des voix les plus fermes de l’opposition gabonaise, l’incarnation d’une promesse de rupture, le visage d’une éthique politique et morale que l’on croyait enfin à l’abri des compromissions. Aujourd’hui, François Ndong Obiang semble n’être plus qu’une ombre prudente, silencieuse, presque effacée, absorbée par les mécanismes mêmes qu’il prétendait combattre. Il est devenu, avec une discrétion presque artistique, l’un des silences les plus éloquents du pouvoir du régime militaire. 

François Ndong Obiang avait tout du contre-modèle parfait. Juriste émérite, figure de proue de l’opposition en 2023, il jurait ne rien devoir au système Bongo, qu’il disait avoir combattu avec constance, rigueur et honneur. À la chute d’Ali Bongo et à l’aube de la Transition, il incarnait, pour beaucoup de Gabonais, l’espoir d’un renouveau moral et institutionnel. Un homme droit dans ses bottes, disait-on. Un homme de principes. Un homme rare. Rare, il le fut. Durable, peut-être pas, car depuis, la silhouette s’est estompée. La voix et la verve se sont éteintes. Le verbe s’est asséché.

Celui qui s’érigeait en gardien des valeurs républicaines a intégré le régime militaire non pas par franche rupture, mais par un lent glissement vers le silence. Un silence épais, pesant, presque complice. Pendant que les dérives du régime de Brice Clotaire Oligui s’installaient, François Ndong Obiang fermait les yeux, ou au mieux, les baissait.

Ironie du sort : l’homme fut nommé ministre de la Réforme des Institutions, charge hautement stratégique, au lendemain de la présidentielle et dans un contexte de restauration des Institutions. Lui, l’ancien pourfendeur de l’hyper centralisation des pouvoirs, se fit le défenseur d’une Constitution consacrant un Président presque monarchique. Et depuis ? Plus un mot. Pas une alerte. Pas une indignation.

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Le juriste rigoureux et naguère scrupuleux observe, muet, l’enlisement de la justice gabonaise, pourtant pilier fondamental de toute démocratie digne de ce nom. Le procès dit « Valentin » se tient dans un théâtre d’ombres : les complices sont jugés, les auteurs matériels épargnés, et la vérité reléguée dans les coulisses d’un secret d’État mal dissimulé. Une justice qui invoque la maladie pour justifier des exfiltrations nocturnes, sous la pénombre d’un secret d’Etat avant d’être contredite par une vidéo tournée clandestinement par Noureddin Bongo lui-même. 

Et le ministre de la Réforme des Institutions ? Silence. Pourtant il y a quelques mois, l’homme plaidait encore pour une justice dirigée vers tous les anciens barons du régime Bongo-PDG qui ont fauté . « Sylvia Bongo doit être poursuivie pour ces faits parce que c’est flagrant. Tous les gens instruits savent ce qui s’est passé. Je veux qu’on mette de l’ordre partout pas seulement contre Sylvia et Noureddin Bongo mais contre tous ceux qui ont été  dans des malversations assez outrancières et périlleuses pour l’Etat Gabonais », déclarait-il en juin 2024. 

Pire encore, une affaire inédite dans les annales judiciaires du pays s’installe dans les couloirs feutrés des tribunaux : le cas Hervé Patrick Opiangah. Dans cette affaire, la procédure semble avoir précédé le crime. Des poursuites engagées avant même l’existence formelle d’une plainte. Un dossier qui chemine sans preuves, sans victimes identifiées, sans faits matériellement établis. Une justice en pilotage automatique, où le vide tient lieu d’élément à charge.

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Des perquisitions menées en marge de la loi, sans le respect des formes légales. Des entreprises fermées, des activités paralysées, des fermes scellées, non pas par décision de justice contradictoire, mais par une mécanique brutale et expéditive. Un homme d’affaires exposé à une tempête judiciaire dont le dossier semble écrit à l’encre de l’arbitraire. Et face à cette séquence ? Le silence du juriste rigoureux. L’effacement du ministre des Institutions. L’absence de celui qui, hier encore, jurait que jamais l’État de droit ne serait négociable. Comme une liturgie du renoncement.

Sur le plan politique, l’homme autrefois fédérateur s’est enlisé dans une guerre d’ego. En provoquant un bicéphalisme au sein du Parti Réagir, il a offert à la justice l’occasion de trancher contre lui. Conséquence, une famille politique neutralisée, empêchée de participer aux élections législatives et locales. Le sabotage est parfois plus efficace quand il vient de l’intérieur.

Et que dire de ce processus électoral, marqué par des irrégularités, des soupçons de fraudes et un parfum de déjà-vu ? Là encore, François Ndong Obiang a légitimé. Il a avalisé . Il a couvert. Dès lors, une question s’impose, grave et presque cruelle : François Ndong Obiang pèse-t-il encore politiquement ? Ou n’est-il plus qu’un symbole fané, recyclé par un pouvoir qui reproduit les dérives qu’il a toujours combattus ? 

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Autre interrogation, plus stratégique encore : au regard de ce silence, de ces renoncements et de cette métamorphose, sera-t-il maintenu au sein du gouvernement ? Le régime peut-il encore s’encombrer d’un ancien pourfendeur devenu figurant ?

L’histoire politique gabonaise est riche de ces trajectoires : des hommes nés dans la promesse, puis dissous dans le confort du pouvoir. François Ndong Obiang semblait devoir échapper à cette fatalité. Il y a désormais rejoint la longue cohorte. Des héros d’un jour, des silences d’État le lendemain. François Ndong Obiang devait être une rupture. Il est devenu une continuité.

Tristement. Silencieusement. Solennellement.

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