Qualification à la CAN, participation historique au barrage CDM: Mouyouma, des progrès concrets au delà des émotions post-match 

Thierry Dieudonné Mouyouma, l’homme qui a remis les Panthères sur pied malgré la tempête © DR

Libreville, le 20 novembre 2025-(Dépêches 241). Le sélectionneur gabonais, Thierry Mouyouma, fait face à un torrent de critiques depuis la lourde défaite de ses poulains face aux Super Eagles du Nigeria lors des barrages de la zone Afrique pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2026. Une partie des supporters estime que le coach aurait effectué des choix hasardeux lors de cette confrontation, choix qui auraient coûté aux Panthères une qualification historique. Ces reproches, même s’ils traduisent la frustration de voir le Gabon manquer une première participation à un Mondial, paraissent disproportionnés au regard du travail accompli par l’ancien capitaine de l’Azingo national.

La défaite des Panthères aux prolongations (1-4) face à l’ogre nigérian au Maroc continue d’alimenter les débats. Pour de nombreux passionnés, le revers serait presque exclusivement imputable au sélectionneur, accusé de n’avoir pas été à la hauteur des enjeux. Une analyse réductrice qui ignore le chantier colossal entrepris par l’homme depuis son arrivée à la tête du Onze national. Travailleur acharné, amoureux du jeu et de la discipline, Mouyouma s’emploie depuis des mois à donner aux Panthères une identité de jeu cohérente, une âme, une combativité retrouvée et une stabilité qui faisait cruellement défaut.

L’équipe nationale, longtemps moquée sur le continent et au-delà, semblait condamnée aux désillusions répétées. C’est dans ce contexte délabré que Mouyouma a accepté de relever le défi. Et il a d’abord réussi l’essentiel : qualifier le Gabon pour la Coupe d’Afrique des nations, alors que plus personne n’y croyait. Chaque match fut une épreuve de caractère, mais lui et son staff ont réussi à briser le cycle d’échecs qui s’était installé. La qualification à la CAN est le fruit d’une vision, d’un travail continu et d’une volonté de Mouyouma et ses hommes de panser les plaies d’une sélection meurtrie, désunie, gangrenée par les clans et l’anarchie. 

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À cela s’ajoute un fait historique : sous sa houlette, le Gabon a réalisé sa meilleure campagne de qualifications pour une Coupe du monde. Les Panthères n’ont concédé qu’une seule défaite, face à la Côte d’Ivoire, et ont validé pour la première fois un ticket pour les barrages de ce championnat d’élite. Ce tournant majeur dans l’histoire du football gabonais ne doit rien au hasard, mais tout à la résilience de cet homme rompu à la tâche. D’ailleurs, la défaite contre le Nigeria peut amplement s’expliquer par le manque d’expérience, mais aussi par un contexte structurel défavorable, à commencer par l’absence d’un véritable championnat national compétitif raison principal d’une absence de profondeur de banc. 

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Au lieu d’accabler un sélectionneur qui travaille avec des moyens limités, les critiques devraient davantage se tourner vers les autorités, incapables depuis des années de mettre en place des politiques sportives cohérentes. Championnat en retard, amateurisme chronique, difficultés financières, primes payées tardivement: les obstacles sont connus et systématiques. Dans un tel environnement, réclamer des miracles d’un sélectionneur relève de l’illusion. D’autant que le staff technique doit composer avec un vivier fragile, un football local moribond et des conditions logistiques indignes d’une sélection ambitieuse.

Malgré ces failles structurelles, Mouyouma avance, maintient le cap et exige le meilleur de ses hommes et donne le meilleur de lui-même. Cela ne le rend pas exempt de critiques, mais encore faut-il que celles-ci soient fondées et constructives. Un travailleur qui obtient des résultats tangibles mérite lucidité et soutien, non des invectives à chaud dictées par l’émotion.

Thierry Mouyouma n’est pas un magicien mais une fierté nationale, car  il est parvenu à redonner une colonne vertébrale, une dignité et des ambitions à une équipe que beaucoup considéraient perdue. Le Gabon ne progressera pas en sacrifiant l’homme qui a remis les Panthères sur les rails, mais en s’attaquant enfin aux causes profondes de ses échecs répétés : structures inexistantes, formation négligée, championnat défaillant. Le débat sur la défaite contre le Nigeria n’aurait de sens que s’il sert de point de départ à une réflexion collective sur l’avenir du football gabonais. Le reste n’est que bruit.

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En sommes, ce que beaucoup oublient dans la frénésie des critiques, c’est que Thierry Mouyouma a repris une sélection au bord du gouffre. Une équipe fracturée, sans âme, minée par les querelles internes et les résultats catastrophiques. En quelques mois seulement, il a réussi à rétablir une hiérarchie claire, à restaurer la discipline et à redonner un sens collectif à un groupe en déshérence. Cette reconstruction invisible, qui exige patience, rigueur et courage, vaut souvent plus que les exploits d’un soir. Les Panthères d’aujourd’hui ne sont pas parfaites, mais elles sont redevenues fières, combatives et respectées et cela porte la signature d’un homme: Thierry Mouyouma.

Accabler un sélectionneur après une défaite, aussi douloureuse soit-elle, revient à nier le processus de transformation qu’il a initié. Sous Mouyouma, le Gabon a retrouvé une identité de jeu, un mental collectif et une crédibilité perdue depuis près d’une décennie. Qualifier l’équipe pour la CAN et atteindre les barrages du Mondial ne sont pas des miracles : ce sont des marqueurs d’une méthode. Une méthode exigeante, structurée, tournée vers la durée. 

Les critiques d’aujourd’hui gagneraient en pertinence si elles prenaient en compte cette réalité : l’homme construit, consolide et prépare l’avenir, malgré un environnement qui n’offre ni stabilité ni constance et ressources techniques. Le football gabonais n’a pas besoin d’un bouc émissaire, il a besoin de bâtisseurs, et Mouyouma en est un des rares.

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