Gabon: après avoir nié sa convocation, Jean Delors Biyogue Bi Ntougou avoue finalement être allé à la DGSS et à la DGR avec ses équipes

Le directeur général de l’Agence gabonaise de la sécurité alimentaire (AGASA), Jean-Delors Biyogue Bi Ntougou pendant sa conférence de Presse © DR

Libreville, le 21 novembre 2025-(Dépêches 241). Alors que le directeur général de l’Agence gabonaise de la sécurité alimentaire (AGASA), Jean-Delors Biyogue Bi Ntougou, balayait encore d’un revers de main ce qui circulait comme une « rumeur » sur une convocation à la Direction générale des services spéciaux (DGSS) pour des faits présumés de détournements de fonds et surfacturations, il a fini par reconnaître, ce vendredi après-midi, lors d’une conférence de presse organisée en urgence, que lui et certains de ses collaborateurs avaient bel et bien été entendus. Malgré sa tentative de présenter ces auditions comme de simples « échanges d’informations » entre son administration et les services spécialisés, la marche arrière révèle surtout qu’il y avait bien matière à douter de sa version initiale.

Depuis l’arrivée de Biyoghe Bi Ntougou à la tête de l’AGASA, l’agence accumule les remous. Les complaintes se multiplient : agents internes, opérateurs économiques, acteurs du secteur agroalimentaire… tous dénoncent une gestion jugée opaque et imprévisible. À cela s’ajoutent plusieurs mouvements de grève internes, qui perdurent depuis des mois sans réelle réaction du directeur général. Ironie flagrante : l’homme qui, hier encore, critiquait vertement le régime d’Ali Bongo pour ses dérives, tant à reproduire aujourd’hui les mêmes travers qu’il condamnait. Pour lui, dès qu’un scandale éclate autour de sa gestion, le réflexe est systématique : nier. Toujours nier. Avant que la réalité ne le rattrape. Cette mécanique se répète avec une telle régularité qu’elle en devient symptomatique d’un malaise plus profond au sein de l’administration qu’il dirige. 

Le dernier épisode en date est celui d’une enquête présumée menée par la DGSS et la Direction générale des recherches (DGR). Le DG et plusieurs de ses collaborateurs seraient soupçonnés d’avoir mis en place un circuit de recouvrement parallèle et de surfacturation, mis au jour après des fuites internes largement relayées sur les réseaux sociaux, notamment via certaines figures de la diaspora telles que Princesse de Souba. 

Face à la pression croissante, Biyoghe Bi Ntougou a dû se présenter devant la presse pour tenter de reprendre la main. Interrogé sur la réalité de ces auditions, il a fini par concéder : « Les agents de l’AGASA ne sont jamais allés à la DGSS ou à la DGR pour s’expliquer sur des surfacturations. Ils y sont passés pour édifier les agents sur les montants contenus dans les reçus », a-t-il expliqué. Une justification maladroite, qui soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Si tout se résumait à une simple clarification technique, pourquoi se déplacer physiquement ? Pourquoi une conférence de presse coûteuse ? Pourquoi tant de dénégations initiales ? Pourquoi avoir démenti ? 

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Quoi qu’il en soit, cette reconnaissance tardive éclaire davantage la réalité qui se joue au sein de l’AGASA. Un dirigeant sûr de son intégrité ne s’abîme pas dans des justifications laborieuses, ni dans des contorsions de langage. À force de vouloir alléger le poids des mots, il finit par s’y engloutir.

Ils ne se seraient pas rendus sur place pour « s’expliquer sur des facturations », mais pour « édifier les montants contenus dans les reçus ». Une pirouette sémantique de plus. Tout docteur qu’il est, Jean Delors Biyogue pense-t-il réellement qu’il existe une différence de fond entre ces deux formulations ? Changer l’emballage ne modifie pas la nature du contenu.  En cherchant à s’exonérer par le verbe sans assumer pleinement les faits, il s’égare dans un labyrinthe de nuances qui, loin de le protéger, finissent par le trahir.

L’empressement à se justifier, l’incohérence des versions et la multiplication des crises internes trahissent une inquiétude palpable. Pour tenter de reprendre l’initiative, le DG a annoncé son intention de porter plainte contre les opérateurs impliqués dans les reçus publiés et de déposer une autre plainte contre X pour les auteurs des fuites. 

Cette affaire met en lumière les fragilités structurelles d’une administration stratégique qui semble s’enfoncer dans l’opacité et les contradictions. Au-delà des dénégations de façade du DG, la séquence révèle un management incapable de restaurer la confiance interne et externe. Tant que la lumière ne sera pas faite, de manière transparente, sur les accusations de détournements et de surfacturations, l’AGASA restera prisonnière d’un climat de suspicion généralisée, et la multiplication des conférences de presse n’y changera absolument rien. 

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