
Libreville, le 10 décembre 2025 – (Dépêches 241). Pour la première fois dans l’histoire du Gabon, l’État est officiellement appelé à répondre devant la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples pour des faits présumés de violation des droits humains. Une étape historique, confirmée ce mercredi par le dépôt du mémoire à Banjul de l’affaire Hervé Patrick Opiangah contre la République gabonaise, introduit par le Cabinet Bensimhon & Associés.
Dans un communiqué solennel, le Cabinet annonce avoir versé au greffe de la Commission « l’ensemble des éléments factuels (documents et preuves) attestant des atteintes graves à la dignité et à la réputation » de leur client. Des atteintes qui auraient, selon les avocats, provoqué « des conséquences professionnelles, personnelles et financières sans précédent ». Des faits qualifiés d’incompatibles avec « ce qui est digne d’un État de droit ».
Le caractère exceptionnel de la procédure réside dans la déclaration de recevabilité prononcée par la Commission africaine, une première pour un dossier visant directement l’État gabonais pour des faits présumés de violations des droits humains et d’atteinte aux intérêts économiques d’Hervé Patrick Opiangah. Selon le Cabinet Bensimhon & Associés, cette recevabilité constitue « une étape cruciale qui vient confirmer le respect scrupuleux des procédures et la crédibilité des griefs soulevés », a-t-on pu lire.
Le mémoire déposé comporte « plus de soixante-dix pièces », incluant « plus d’une vingtaine de constats d’huissier », destinées à établir formellement les manquements reprochés au régime de Libreville. Une quantité et une précision documentaire rarement observées dans les litiges impliquant un État devant la Commission africaine des Droits de l’Homme.
Des implications lourdes pour l‘Etat Gabonais ?
La recevabilité du dossier ouvre désormais une phase d’examen approfondi qui pourrait durablement impacter l’image institutionnelle du Gabon tant sur le plan local que sur le plan international. La mise en cause de l’État gabonais devant une instance continentale spécialisée pourrait fragiliser la crédibilité du régime actuel dans les enceintes diplomatiques, notamment au sein de l’Union africaine et des partenaires bilatéraux engagés dans la coopération judiciaire, économique et sécuritaire.

Confiant dans le processus, le Cabinet Bensimhon & Associés exprime sa gratitude envers la Commission africaine « qui statuera en toute impartialité et garantira le respect du droit afin que, plus jamais au Gabon ou ailleurs, un citoyen ne soit inquiété, poursuivi ou persécuté en raison de ses opinions politiques ou de son engagement personnel dans les domaines économique et social », poursuit le communiqué.
Le Cabinet réaffirme par ailleurs « son attachement indéfectible aux principes de justice et de respect des droits fondamentaux », rappelant son engagement constant devant les juridictions continentales telles que la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples et la Cour de Justice de la CEDEAO.
Un tournant institutionnel majeur
Au-delà du cas individuel de Hervé Patrick Opiangah, ce dossier inaugure une nouvelle ère où les institutions régionales jouent pleinement leur rôle de gardiennes des libertés fondamentales. En acceptant d’examiner au fond, les griefs formulés, la Commission africaine confirme que nul État, quelle que soit sa tradition administrative ou politique, n’est exempt de rendre des comptes lorsqu’il est accusé de porter atteinte aux droits humains.
Pour le Gabon, qui doit se prononcer dans les délais requis et légaux, l’enjeu dépasse désormais le cadre strictement juridique : il s’agit d’un moment de vérité institutionnelle dont les conséquences pourraient façonner la perception du pays pour les années à venir.







