Gabon: Quand la cohérence politique rattrape le pouvoir, le cas Henri Claude Oyima 

Homme fort de l’Economie et de la Ve République, Henri Claude Oyima victime de son confit d’intérêt et de l’impopularité sociale de ses réformes ? ©Dépêches 241

Libreville, le 16 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Le président de la République, Chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema a inauguré sa « nouvelle ère » début 2026 en distribuant les bons et les mauvais points, dans un grand jeu de chaises musicales ministérielles où certains ont été chaudement promus et d’autres… doucement éjectés. Le cas le plus emblématique est sans conteste celui d’Henri-Claude Oyima. Son parcours est une météorite politique : nommé ministre d’État de l’Économie et des Finances, de la Dette, des Participations et de la lutte contre la vie chère en mai 2025, intronisé vice-président du gouvernement par intérim en novembre de la même année, puis finalement rayé de la liste le 1er janvier 2026. La question se pose donc : sa chute relève-t-elle d’une incapacité à remplir la mission ou d’une simple incohérence dans la gestion de l’État ?

L’explication officieuse avancée par certains cercles, celle d’un « choix personnel », mérite un instant d’attention. On nous explique que mener de front un ministère aussi lourd et la direction du groupe bancaire BGFI, dont il était le PDG historique, est devenu « de plus en plus compliqué ». Admettons. Mais n’aurait-il pas été plus simple de faire ce choix avant d’accepter un poste aussi stratégique, plutôt que de créer une confusion des genres et un grotesque conflit d’intérêt devenu « intenable » ?

La vérité est que le cumul des casquettes,  ministre régulateur d’un côté, patron de banque privée de l’autre, est devenu au fil du temps une épine politique insupportable pour un pouvoir qui promettait transparence et bonne gouvernance. Être à la fois l’arbitre et le principal joueur sur le terrain financier est une incohérence trop flagrante, même pour un régime habitué aux arrangements.

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Pourtant, Henri Claude Oyima n’était pas arrivé les mains vides. En décembre 2025, il présentait un budget ambitieux de 6 358,2 milliards de FCFA et proclamait 2026 comme « l’année des sérieuse réformes », promettant une rupture totale avec les mauvaises pratiques budgétaires du passé. Un discours volontariste qui, dans les faits, a heurté la réalité. Son projet de loi de finances a été critiqué pour ses arbitrages « insuffisamment sociaux » et son manque de lisibilité, perçu comme déconnecté de l’urgence du pouvoir d’achat.

Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la crédibilité fut sans doute la proposition d’une nouvelle taxe d’habitation. Imaginer, sous le mandat d’un ministre « chargé de la lutte contre la vie chère », d’ajouter un nouvel impôt sur le logement des Gabonais, relève d’une incohérence sociale d’une audace rare. La mesure, massivement décriée, a cristallisé un fossé devenu abyssal entre la technostructure et le quotidien des citoyens.

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Au final, son éviction n’est ni une simple démission ni un simple échec. C’est un geste politique calculé du président Brice Oligui Nguema. En écartant Oyima, il opère un « rappel clair » que l’exemplarité et la cohérence, du moins en apparence, sont devenues des exigences non négociables pour la crédibilité de sa Ve République. Cela permet aussi d’apaiser une opinion publique excédée par les contradictions et de redonner une « lisibilité » à l’action de l’État. Le remplacement de HCO par Thierry Minko marque ainsi un tournant, peut-être moins sur le fond des politiques économiques que sur la forme et la gestion des symboles.

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Où va-t-on, alors ? Probablement vers une gouvernance où les conflits d’intérêts trop visibles deviennent indéfendables, et où l’urgence sociale ne peut plus être ignorée, même dans les discours les plus technocratiques. L’épisode Oyima aura servi d’avertissement : dans le Gabon post-transition, la confusion des genres et l’incohérence politique ont un prix. Celui de quitter le navire, la queue entre les jambes, après avoir été présenté comme le sauveur providentiel.

« L’année de la sérieuse » commence donc par une leçon de réalisme politique : on ne peut pas réguler la banque et la diriger en même temps, et on ne peut pas lutter contre la vie chère en alourdissant la charge des ménages. Une évidence que le nouvel homme fort du pays a finalement décidé de ne plus ignorer.

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