Mintsa et Mpaga hués et chassés à Port-Gentil: quand le rejet d’émissaires pro Oligui se mue en désaveu politique

Les deux acteurs de la société civile incarnent le rejet de l’approche de règlement de conflit social par le nouveau régime ©Dépêches 241

Libreville, le 22 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Ce qui s’est joué à Port-Gentil hier ne relève en réalité  ni de l’anecdote ni de l’incident isolé. Sous les huées adressées à Pierre Mintsa et Georges Mpaga, deux figures de la société civile, c’est une manière de gouverner les crises sociales qui a été publiquement mise en cause. L’épisode révèle une  rupture de confiance profonde entre le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema et une frange désormais déterminée du monde enseignant. 

Portés par un zèle impromptu, Pierre Mintsa et Georges Mpaga, tous deux membres d’une société civile réputée proche du pouvoir, ont essuyé à Port-Gentil une humiliation aussi brutale que symbolique. Présentés comme des médiateurs supposément mandatés pour faciliter une sortie de crise entre l’aile dure du collectif SOS Éducation la base et le ministère de l’Éducation nationale, les deux hommes ont été copieusement conspués par des enseignants excédés, qui voient en eux non des intercesseurs, mais les relais d’une tutelle accusée de manœuvres dilatoires et de tentatives de division.

Depuis le déclenchement de la grève le 5 janvier dernier, le dialogue reste rompu. D’un côté, l’administration revendique des avancées, met en scène l’évolution des dossiers et appelle à la reprise des cours. De l’autre, les enseignants dénoncent des réponses jugées insuffisantes, superficielles, incapables de répondre aux revendications structurelles du secteur et surtout une approche répressive du pouvoir par l’interpellation et l’emprisonnement des leaders syndicaux. Entre ces deux récits irréconciliables, la crise s’enlise et la défiance s’approfondit.

C’est dans ce contexte de blocage assumé qu’est née l’idée de recourir à des figures de la société civile, réputées conciliantes et proches du régime d’Oligui Nguema, pour tenter de renouer le fil du dialogue avec un collectif qui a délibérément tourné le dos aux syndicats traditionnels, jugés compromis et inefficaces. Mais à Port-Gentil, l’initiative s’est soldée par un rejet net et sans appel. Hués, désavoués, humiliés, Pierre Mintsa et Georges Mpaga ont été  éconduits par les enseignants, contraints de quitter les lieux, sans avoir pu prononcer un message audible sous les « Pierre Mintsa dehors »

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Au-delà de cette scène et du rejet manifestement assumé, réduire cet épisode à un simple désaveu personnel serait une erreur d’analyse. À travers ces deux hommes, ce sont moins des individus que des symboles qui ont été rejetés. Ces symboles incarnaient une parole déléguée, une stratégie venue des plus hautes sphères de l’Etat. En les renvoyant, les enseignants ont signifié qu’ils ne reconnaissaient plus la légitimité de la méthode employée par le pouvoir. À Port-Gentil, c’est la politique de Brice Clotaire Oligui Nguema, dans sa gestion des crises sociales, qui a été publiquement conspuée, humiliée et mise en accusation.

Cette défiance trouve ses racines dans un passé récent encore brûlant qui à l’heure actuelle n’a toujours pas refermé les blessures assénées et les destins brisés. Il s’agit de l’épisode des casses et déguerpissements. Un épisode au cours duquel ces mêmes figures avaient été envoyées non pour réparer ou assumer, mais pour contenir la colère populaire en tentant d’en déplacer la responsabilité et de la diriger vers une autre personnalité en l’occurrence Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre de la Transition. Cette séquence a durablement entamé leur crédibilité, les affublant d’une image de manipulateurs plutôt que de médiateurs. En les rejetant aujourd’hui, les enseignants ont rappelé cette mémoire collective et refusé de se prêter à une nouvelle mise en scène, une comédie et une imposture de plus. 

Au-delà des hommes, c’est donc une méthode qui vacille. Celle qui privilégie la communication à la décision, les émissaires à l’engagement direct, l’illusion du dialogue à la résolution des causes profondes. Port-Gentil n’a pas seulement dit non à Mintsa et Mpaga ; la ville a opposé un refus clair à Brice Clotaire Oligui Nguema et à sa manière de gouverner les colères sociales. Un avertissement silencieux, lourd de sens et qui en dit long. Il dit entre autres qu’un pouvoir qui esquive trop longtemps l’essentiel finit toujours par être jugé là où la parole n’est plus négociable, mais frontalement exprimée.

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