
Libreville, le 18 mai 2026 – (Dépêches 241). Depuis le 17 février dernier, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a suspendu les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais. Outre l’opinion publique qui s’est insurgée contre cette décision, considérant qu’elle n’est qu’un moyen pour les autorités de contrôler l’information et de mettre la main sur les principales voies d’expression populaire, The Guardian, quotidien britannique, est monté au créneau par le biais d’un long reportage consacré à la liberté d’expression au Gabon et dénonce ce qu’il qualifie de répression numérique. Une situation pour le moins inquiétante et qui, malgré les apparences, contribue à la dégradation de l’image du Gabon à l’international.
La liberté d’expression et d’opinion serait-elle en danger au moment où s’amorce la Vème République ? Partant de la décision éminemment controversée de la Haute Autorité de la Communication de suspendre les réseaux sociaux, notamment ceux relevant du groupe américain Méta et de Bydanse, dont TikTok est le porte-étendard, sur l’ensemble du territoire national, il va sans dire que l’opinion publique gabonaise, les acteurs des médias en ligne et de nombreux observateurs internationaux considèrent que cette mesure ne repose sur aucun fait concret. Estimant que les justifications de la HAC, basées sur la publication de contenus parfois inappropriés ou sur une stabilisation supposée de l’État et des institutions, ne seraient, dans le fond, que des arguments superfétatoires destinés à donner du crédit à une mesure restrictive de l’expression collective.
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Trois mois déjà que la décision est en vigueur. Et plus le temps s’écoule, plus les arguments énoncés par le gouvernement se heurtent à leurs propres contradictions. Donnant la nette impression que le sombre dessein de cette interdiction n’a jamais été de préserver l’État et encore moins les mineurs sur ces plateformes. Bien au contraire, tout porte à croire que l’objectif visé était de contrôler la parole des citoyens, en vue de contenir la salve de critiques contre le régime, lequel semble avoir fait des effets d’annonce son nouveau système de gouvernance. Un mode opératoire particulièrement vil qui interpelle et inquiète jusque dans le cœur du pouvoir gabonais.
Dans cet esprit, après les alertes lancées par Reporters sans frontières (RSF) au lendemain de la mesure, constatant, pour le regretter, le recul de la liberté de la presse et d’expression dans l’espace public gabonais depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, le 30 août 2023, le quotidien britannique The Guardian vient de donner, comme il fallait s’y attendre, un coup de semonce à cette omerta numérique. Le média anglais considère la situation non point comme un moment spontané permettant de faire évoluer ou de garantir une expression libre des citoyens, mais comme une opération savamment orchestrée, qualifiée, à juste titre, de répression numérique.
Ce reportage n’est pas seulement une marque d’inquiétude envers un gouvernement qui abhorre la critique et le ton trop libre des citoyens gabonais, c’est une alarme visant à pointer du doigt le caractère parfois autoritaire de la gouvernance actuelle du pays. Une situation qui devrait interpeller chaque composante de la société afin de ne pas glisser vers un règne dictatorial où seule l’opinion du « Prince » compte. Car, jusqu’à preuve du contraire, la République gabonaise demeure une démocratie acquise au prix du sang et de la sueur de nombreux compatriotes qui ont payé un lourd tribut. Il ne saurait être question que, pour des raisons clairement égoïstes, ces sacrifices soient vains.
D’autant que l’État de droit n’est pas négociable. C’est un devoir pour chacun de veiller à son maintien, et plus encore pour les gouvernants qui devraient en tirer toute leur légitimité. Cette mesure, d’apparence anodine et qui s’allonge dans le temps, ne produit aucun effet positif sur l’image déjà dégradée du pays à l’international par l’ancien régime. Elle renforce la mauvaise réputation du Gabon, repousse les investisseurs internationaux et détériore immanquablement le climat des affaires dans un pays en mal de dividendes. Et le reportage du quotidien britannique n’est pas pour faciliter les choses. C’est une alerte, un avertissement adressé à ceux qui ont l’intention de venir investir dans ce pays, ainsi qu’une invite à gamberger avant de s’y déployer, considérant désormais le Gabon comme un pays moins sûr.
À mesure que cette suspension se prolonge, le débat dépasse désormais la seule question des réseaux sociaux pour toucher au cœur même des libertés fondamentales et du fonctionnement démocratique du Gabon. Entre impératifs de stabilité et respect des droits des citoyens, le pouvoir est désormais attendu sur sa capacité à restaurer un climat de confiance, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect de la liberté d’expression. Car dans un monde hyperconnecté, restreindre durablement la parole numérique revient aussi à exposer le pays à une défiance croissante, tant sur le plan national qu’international.







