Candidature d’Oligui Nguema à la présidentielle: une décision frappée du sceau de l’illégalité et du parjure ? 

Le président de la Transition pendant sa déclaration de candidature © DR

Libreville, le 3 mars 2025-(Dépêches 241). Alors qu’elle restait longtemps scrutée, la décision du Général Brice Clotaire Oligui Nguema de participer ou pas à l’élection présidentielle du 12 avril prochain est désormais connue. Sans déjouer les pronostics, sans surprise, le militaire a choisi de se lancer dans la course au fauteuil présidentiel, au mépris de l’article 44 de la Charte initiale de la Transition qui excluait toutes les personnes ayant participé au Gouvernement de la Transition, mais surtout du serment prêté le 4 septembre 2023 à l’occasion de son investiture, où il avait promis devant les Forces de Défense et Sécurité, la communauté nationale et internationale de rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’un scrutin présidentiel libre, transparent et démocratique.

L’opinion est désormais fixée, du moins officiellement sur les ambitions du Général Brice Clotaire Oligui Nguema, à la tête du Gabon depuis le coup d’État du 30 août 2023. Ce 3 mars 2025, profitant de la célébration du jour de son 50ème anniversaire de naissance, le Président de la Transition a annoncé sans ambiguïté sa participation au futur scrutin présidentiel de cette année. « J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025 », a-t-il lancé face aux foules venues très nombreuses pour la circonstance.

Une annonce frappée du sceau de l’illégalité et du parjure ? 

Cette décision n’a pas tardé à faire réagir dans l’opinion, au regard de nombreuses violations qu’elle comporte. En effet, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, ayant occupé les fonctions de Ministre de la Défense et de la Sécurité de septembre 2023 à février 2024, soit 5 mois, devrait être exclu de la course à la présidentielle, comme le dispose l’article 44 de la Charte de la Transition avant sa modification. « Les membres du Gouvernement de la Transition ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle qui sera organisée pour marquer la fin de la Transition. Les Officiers Supérieurs des Forces de Défense et de Sécurité nommés membres du Gouvernement, réintègrent leurs corps d’origine à la cessation de leurs fonctions ministérielles », précise ladite Charte.

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De plus, en prêtant serment le 4 septembre 2023 lors de sa prise de pouvoir, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema annonçait avec force et vigueur que les militaires céderont le pouvoir aux civils après la Transition. « À l’issue de cette Transition, avec l’apport de tous les gabonais partenaires au développement, nous entendons remettre le pouvoir aux civils en organisant de nouvelles élections libres, transparentes et crédibles dans la paix », avait-il déclaré devant la communauté nationale et internationale. En conséquence, sa décision d’hier fait perdre du crédit au Président de la Transition dans l’opinion, car il vient de commettre le parjure à la face du monde et devant les partenaires du Gabon. 

Une attitude qui augure des lendemains démocratiques difficiles ? 

La charte de la transition dans son préambule affirme son attachement aux valeurs et principes de la charte africaine pour la démocratie, les élections et la bonne gouvernance de 2007. Celle-ci dispose en son article 25 alinéa 4 que : « Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent ni participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur pays », indique le texte. Une interdiction dont a fait fie le président de la Transition et ses affidés qui comme avec Ali Bongo encourageant le Général-Président à se dédire en cautionnant une hérésie politique.  

Pour de nombreux observateurs et analystes politiques, il semble désormais clair que la démocratie au Gabon pourrait bientôt connaître des jours difficiles. Après plusieurs élaborations et modifications de textes à convenance personnelle, après une modification unilatérale de la nouvelle Constitution, après la violation de la Charte de la Transition et le parjure commis hier, rien ne semble indiquer qu’en cas de victoire au scrutin présidentiel du 12 avril prochain, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema respectera scrupuleusement les lois de la nouvelle République, au regard du précédent qu’il vient de commettre. 

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