Gabon : Mahamadou Bonkoungou, le nouveau Gagan Gupta ?

La trajectoire prise par Mahamadou Bonkoungou, Patron du groupe Ebomaf sous le règne d’Oligui Nguema ressemble, à s’y méprendre, à celle prise par Gagan Gupta l’ancien tout puissant dirigeant de la galaxie Olam sous le régime d’Ali Bongo Ondimba ©Dépêches 241

Libreville, le 16 Juillet – (Dépêches 241). Avec sa silhouette imposante et son influence croissante, Mahamadou Bonkoungou, patron d’EBOMAF, semble marcher dans les pas d’un autre homme qui a longtemps tenu le Gabon dans sa main : Gagan Gupta, le fondateur de la galaxie Olam au Gabon. À l’image de Gupta, Bonkoungou n’a pas de siège social à Libreville, pas d’ancrage dans le tissu industriel local, mais il obtient tout. Routes, aéroports, ports… rien ne lui échappe. En quelques mois, l’ogre burkinabé s’est imposé comme un partenaire incontournable du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema. 

Le parallèle est troublant. Gupta avait conquis le Gabon sous Ali Bongo à travers des partenariats public-privé opaques et un discours de développement industriel ambitieux. Bonkoungou semble suivre le même chemin avec l’aval des autorités actuelles, dans une logique de reconstruction du pays à marche forcée. Si EBOMAF ne s’est pas encore dotée d’une « banque », d’une « zone économique spéciale » ou d’une « filiale agricole », elle s’impose dans le BTP, sans partage. La différence, c’est que le contexte économique est aujourd’hui bien plus contraint. Le document de cadrage montre une dette publique projetée à plus de 70% du PIB d’ici 2028. Et ce, sans tenir compte de tous les aléas. 

Pourtant, malgré cette pression budgétaire, l’État continue de lancer des projets ambitieux sans qu’on sache qui paiera demain. Et surtout, sans garantir une part conséquente des marchés aux entreprises gabonaises. Une dépendance à un acteur étranger n’en remplace pas une autre : elle l’aggrave. Plus inquiétant encore : EBOMAF, contrairement à Olam, ne se réclame d’aucune politique de création d’emplois durables ni de soutien aux PME locales. Pas de centre de formation, pas d’écosystème local. EBOMAF construit, facture et conserve jalousement. Le risque est alors de voir se répéter l’histoire des chantiers livrés à la va-vite, des surcoûts injustifiés, et une génération de Gabonais endettée pour des infrastructures mal entretenues.

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Le Gabon peut-il se permettre un « nouveau Gupta », sans tirer les leçons du passé ? Il est urgent de briser le cycle des dépendances économiques personnalisées. Chaque décennie voit émerger un nouveau « partenaire privilégié » qui finit par concentrer les marchés stratégiques et affaiblir les institutions publiques. Ce n’est pas la qualité des hommes qui est en cause ici, mais bien le modèle de gouvernance qu’ils incarnent : un modèle fondé sur l’accès direct au sommet de l’État, l’opacité des contrats, l’exclusion des acteurs locaux, et une forme de capture des ressources publiques par des opérateurs extérieurs. 

Le patriotisme économique ne consiste pas à changer de maître tous les dix ans, mais à bâtir une économie gabonaise solide, indépendante, équitable, où l’intérêt général prévaut sur les arrangements privés. Tant que le pays continuera à fonctionner selon cette logique de « guichet unique » à l’étranger, aucune souveraineté économique réelle ne sera possible. D’autant plus que tout porte à croire que la relation entre Mahamadou Bonkoungou et le président de la Transition dépasse le simple cadre contractuel. La présence du PDG d’EBOMAF lors de plusieurs événements protocolaires, son influence apparente dans l’orientation des chantiers, et le ton personnel employé par les deux hommes en public laissent penser à une proximité politique risquée pour les équilibres institutionnels. 

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Une telle relation, si elle se confirme, crée un déséquilibre profond dans les mécanismes d’attribution des marchés publics. Elle envoie un signal dangereux aux autres entrepreneurs : pour gagner, mieux vaut cultiver l’amitié présidentielle que l’excellence technique. Cette logique clientéliste, que le régime de la Transition prétendait combattre, risque de se substituer à celle de la réforme en profondeur. Et c’est ainsi que l’on glisse, sans s’en rendre compte, de la Transition à la reproduction des privilèges anciens. 

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