Gabon: le Procureur Général Eddy Minang répond à l’avocat des Bongo-Valentin

Eddy Minang, Procureur Général près la Cour d’Appel Judiciaire de Libreville pendant sa conférence de Presse du 23 juillet dernier © DR

Libreville, le 25  Juillet 2025 – (Dépêches 241). Les hostilités sont définitivement lancées entre le clan Bongo et le pouvoir en place. Des plaintes ont été déposées par les deux clans au Gabon et à l’international. Le clan Bongo-Valentin, de son côté, exploite largement les réseaux sociaux et les médias pour dénoncer leurs conditions de détention et les abus dont ils affirment être victimes. Parallèlement à ce conflit, une véritable joute juridique oppose l’avocat de la famille Bongo, Maître Pierre-Olivier Sur, au Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Minang. Le 23 juillet,  Eddy Minang a répondu à une interview accordée par Maître Pierre-Olivier Sur. Selon le Procureur de Libreville, l’avocat français fait preuve d’une méconnaissance du droit gabonais et enfreint les règles déontologiques de sa profession.  

Depuis leur libération, Sylvia Bongo et Noureddin Valentin Bongo ont engagé un bras de fer médiatique avec les autorités en place. Le 3 juillet 2025, ils ont publié conjointement un communiqué sur leurs réseaux sociaux dénonçant les conditions inhumaines de détention dont ils auraient fait l’objet avant et après le coup d’Etat de 2023.

Le lendemain en conférence de presse, le porte-parole de la présidence gabonaise, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe, n’a pas tenu à s’attarder sur ces accusations et a décrit ces sorties comme « une stratégie de diversion et de brouillage judiciaire ». Si le Porte-Parole de la présidence a balayé d’un revers de main la déclaration de Sylvia Bongo et de son fils, Eddy Minang, lui, n’a pas laissé passer l’interpellation directe de Maître Pierre-Olivier Sur et y a répondu sans détour, ce 23 juillet 2025.

Selon maître Pierre-Olivier Sur « Nos amis gabonais ne sont pas toujours au niveau juridiquement parlant »

Le 11 juillet dernier, Maître Pierre-Olivier Sur, ancien bâtonnier du barreau de Paris et avocat de Sylvia Bongo et de son fils, a livré une interview sur la chaîne YouTube Sibikan Media. Pendant de cette intervention, principalement consacrée aux conditions de détention de ses clients plutôt qu’aux faits qui leur sont reprochés, l’avocat s’est montré critique vis-à -vis du Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville.

Pour rappel, le 16 mai 2025, Eddy Minang avait tenu une conférence de presse afin de faire le point sur la situation judiciaire de Sylvia Bongo et de son fils. Il y avait alors déclaré que les deux prévenus étaient « en liberté provisoire», tout en  justifiant leur libération par la dégradation de leur état de santé.

Pour Maître Pierre-Olivier Sur, « Cela et c’est une méconnaissance des règles de droit ». Selon l’avocat français de la famille Bongo: « Nos amis gabonais ne sont pas toujours au niveau juridiquement parlant. J’ai entendu la conférence de presse du procureur général. Concernant mes clients, il parle de liberté provisoire. Il a tort de dire cela » a déclaré le bâtonnier. Il a renchéri en expliquant que concernant des personnes qui sont présumées innocentes jusqu’à leur procès « la liberté n’est jamais provisoire. Ce qui est provisoire, c’est la détention. La détention est provisoire, donc erreur de droit ». 

Pour le Dr Eddy Minang, l’avocat des Bongo débite « des inepties juridiques».

Une gifle à laquelle le Procureur Général a tenu à répondre, près de deux semaines après la sortie de l’avocat des Bongo. Un retour justifié sans doute par le souci de potasser ses classiques de droit du haut de son statut Docteur, qu’il affiche d’ailleurs fièrement et ostensiblement.  Au cours d’une conférence de presse tenue ce 23 juillet, Eddy Minang a tenu à recadrer Maître Sur, c’est du moins ce qu’il pensait faire. Si cet avocat « avait pris au préalable la précaution élémentaire d’aller parcourir le code de procédure pénale gabonais, comme le ferait même un avocat stagiaire, il ne serait pas venu débiter des inepties juridiques » a déclaré le procureur. 

Selon l’article 143 du code de procédure pénal gabonais, « la mise en liberté provisoire peut être demandée à tout stade de la procédure par l’inculpé, l’accusé ou son avocat, et en toute période la procédure » a déclaré Eddy Minang avant de renchérir qu’« en droit pénal gabonais, les notions de  liberté provisoire et détention provisoire existent bel et bien. À titre d’illustration, les articles 138, 139, 141, 143 et 144 du code de procédure pénale font état de la liberté provisoire et non de la liberté totale », a-t-il déclaré. 

Ce dernier d’ajouter. « Je persiste ici qu’en droit pénal gabonais, il existe bel et bien la liberté provisoire et la détention préventive, et que je n’ai commis aucune erreur de droit », a clamé le procureur général de Libreville. Le Dr Eddy Minang a en outre indiqué que lorsque la mise en liberté provisoire est accordée, elle n’est nullement assortie d’une quelconque mesure d’interdiction de sortie du territoire. 

Eddy Minang accuse l’avocat des Bongo de mépriser la déontologie de sa profession et d’en être un récidiviste notoire

Le procureur ne s’est limité à cette précision sur le principe de la liberté provisoire vue par le droit gabonais, il a également mis en exergue les principes éthiques et de déontologie de la profession que Maître Pierre-Olivier Sur n’a pas respecté. « Je tiens à souligner que les personnels judiciaires sont soumis aux principes et règles déontologiques déterminants un devoir être et un savoir-être» a déclaré Eddy Minang. Ainsi, magistrats et auxiliaires de justice se doivent respect mutuel et ce, par-delà même les frontières. S’appuyant sur la jurisprudence française et l’article 10 du Règlement intérieur national des barreaux français, le procureur de Libreville a rappelé que les  avocats exerçant en France sont tenus d’observer les devoirs de modération et de délicatesse que leur imposent les règles, usages et traditions professionnelles notamment envers les magistrats.  

Si l’avocat a le droit de critiquer le fonctionnement de la justice ou le comportement de tel ou tel magistrat, sa liberté d’expression n’est pas absolue. Car elle est sujette à des restrictions qui impliquent notamment, d’une part, la protection de la réputation ou des droits d’autrui et, d’autre part, la garantie de l’autorité et de l’impartialité du pouvoir judiciaire. 

Le Procureur Général s’est par ailleurs dit outré de constater le prétendu complexe de supériorité quasi maladif qu’entretiennent certains occidentaux à l’égard des Africains. Maître Sur serait selon le magistrat, un coutumier des faits. En effet, en 2013, alors qu’il défendait des clients à Dakar au Sénégal, il s’était permis de tenir des propos outranciers à l’endroit du procureur spécial près la cour de répression de l’enrichissement illicite et même à l’endroit du président de la République du Sénégal. Il avait dû par la suite présenter des excuses à ce dernier.

Enfin, évoquant son doctorat et comparant celui-ci au niveau de l’avocat de Sylvia Bongo, détenteur d’une simple maîtrise en droit, le Procureur général de Libreville a déclaré « au regard des grades et diplômes universitaires, cet avocat est et restera mon étudiant »; s’est enorgueilli Eddy Minang, manquant in fine d’élégance en reproduit in fine qu’il venait de reprocher à l’avocat de la famille Bongo. 

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