
Libreville, le 5 novembre 2025 – (Dépêches 241). Au lendemain de la chute du régime Bongo-Valentin, le peuple gabonais nourrissait l’espoir d’une véritable refondation institutionnelle, notamment dans le domaine de la justice. Cette dernière, censée incarner la colonne vertébrale de l’État de droit, devait se libérer du joug politique pour redevenir un instrument de protection des citoyens. Mais à peine quelques mois après la transition, le constat est sans appel : loin de s’émanciper, l’institution judiciaire semble s’enfoncer davantage dans la soumission, reproduisant fidèlement les dérives de la IVᵉ République.
Le serment du chef de l’État, prononcé le 3 mai 2025, avait pourtant ravivé les attentes. Jurant de défendre le peuple et d’assurer la justice pour tous, le président de la République plaçait la restauration de la confiance institutionnelle au cœur de son mandat. Mais ces engagements solennels n’auront été qu’un mirage. La réalité du pouvoir, marquée par l’ingérence politique dans les affaires judiciaires, démontre que la promesse d’une justice libre et indépendante n’a pas survécu à l’épreuve des faits.
Depuis la fin du règne d’Ali Bongo, la justice gabonaise a sombré dans une crise morale et institutionnelle profonde. Les affaires judiciaires, loin d’être tranchées selon les textes, obéissent désormais à des injonctions venues d’en haut. L’appareil judiciaire, au lieu d’être le dernier rempart contre l’arbitraire, s’est transformé en un instrument de règlement de comptes politiques. Loin de protéger les citoyens, il sert à intimider, à neutraliser et à manipuler l’opinion.
LIRE AUSSI: Gabon: même en Ve République, la justice gabonaise, otage éternelle du pouvoir politique
La vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, montrant de hauts magistrats au domicile de l’ancien chef de l’État pour parapher un document aux allures de transaction douteuse, a fini de convaincre les plus sceptiques. Les images d’une telle compromission, où se mêlent extorsion, chantage et concussion, ont révélé la profondeur du mal. Cette scène surréaliste illustre la déchéance d’une institution qui, au lieu de garantir la justice, s’adonne désormais à des pratiques indignes, rappelant les heures les plus sombres du régime déchu.
Quand la justice plie l’échine face au pouvoir politique, symbole d’une république qui s’effondre
Ce qui a fait dire à Landry Abaga, président du Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG), que cette vidéo est une véritable radiographie de la décadence judiciaire. Selon ce dernier, « cette vidéo à elle seule révèle au peuple gabonais l’origine des maux de notre justice ainsi que le visage éhonté du ver qui est dans la pomme », a-t-il dénoncé. Ses propos traduisent l’indignation d’une partie de la magistrature consciente de l’ampleur du discrédit qui frappe désormais toute l’institution.
Landry Abaga ne s’est pas arrêté là, car pour lui : « Les fondements de notre République ont été honnis, l’honneur et la dignité de tout un peuple écorchés », a-t-il martelé. Cette déclaration, d’une rare gravité, met en lumière une réalité structurelle : la justice gabonaise ne souffre pas seulement d’une crise de moyens, mais surtout d’une crise d’hommes. L’incompétence, la corruption et l’absence de probité sabotent les fondements mêmes de la République. Pourtant, malgré ce sombre tableau, une lueur d’espoir subsiste. « Nous pouvons proposer un meilleur tableau de notre justice. Il suffit de choisir les bons hommes pour la représenter », a conclu Abaga.
Cette conviction invite à une refondation morale et institutionnelle profonde. Car la restauration de la justice ne se décrète pas : elle se bâtit sur la probité, la compétence et le courage de dire non à l’injustice. Tant que les hommes justes n’occuperont pas les places qui leur reviennent, la justice gabonaise demeurera le théâtre d’une tragédie nationale, où le droit plie sous le poids du pouvoir.







