
Libreville, le 18 novembre 2025-(Dépêches 241). Depuis quelques jours, le Gabon vit au rythme du procès de l’entourage de l’ex Chef d’État Ali Bongo Ondimba et certains de ses proches. Parmi ceux passés à la barre, Mohamed Ali Saliou, ancien Directeur de Cabinet Adjoint du Président de la République. Lors de son passage, il a expliqué comment l’ancien Chef d’État, tel un Nabab, distribuait gracieusement des primes vertigineuses à ses proches, aux membres du Gouvernement, ainsi qu’aux Présidents des Institutions de l’époque. Alors se pose une question: à quand la convocation par la justice gabonaise des anciens Présidents d’Institutions, bénéficiaires de ces primes jugées indues ?
Il y a quelques jours, le fils de l’Imam Oceni Ossa, Mohamed Ali Saliou, très proche de Noureddin Bongo Valentin, était devant les juges de la Cour Criminelle Spécialisée de Libreville. Au moment de son passage à la barre, il a clairement indiqué les circonstances dans lesquelles il avait reçu certaines de primes de la part d’Ali Bongo Ondimba, alors Président de la République.
Sans sourciller et avec la mémoire intacte, il a révélé les montants exacts perçus au titre de bonus et autres primes octroyés par l’ex Chef d’État. « Dès ma nomination, le Premier ministre en exercice touchait 150 millions par mois. Après réaménagement, ils ont réduit à 100 millions, le Secrétaire Général de la Présidence touchait 40 millions, le Directeur de Cabinet 50 millions, le Ministre de la Justice, de mémoire 50 millions, le Ministre de l’Économie pareil (…) tout ce beau monde, les membres du Gouvernement, les présidents d’Institutions, le Président de l’Assemblée, le Président du Sénat (…) bénéficiaient de ces primes », a-t-il clairement indiqué.
Des révélations qui invitent désormais à un questionnement lucide: Après avoir relevé que les membres du Gouvernement et les Présidents des Institutions de cette époque bénéficiaient eux aussi de ces primes onéreuses gracieusement offertes par Ali Bongo Ondimba, la justice gabonaise va-t-elle convoquer à leur tour ces anciennes figures importantes de l’appareil étatique du régime déchu ? Seuls les prochains jours pourraient édifier l’opinion à ce sujet. Wait and see!
Dans un contexte aussi lourd, où les faits évoqués mettent en cause non seulement des individus mais une culture entière de favoritisme et de privilèges institutionnalisés, il apparaît désormais indispensable que la justice étende ses investigations à l’ensemble des figures citées.
L’équité judiciaire exige que ceux qui ont bénéficié de ces primes faramineuses, anciens Premiers ministres, Présidents d’Institutions et autres dignitaires de l’époque, soient également entendus, ne serait-ce que pour éclairer les circonstances et la légitimité de ces avantages. Ne pas les convoquer reviendrait à maintenir une zone d’ombre embarrassante, laissant entendre que certaines responsabilités seraient, par nature, intouchables.
Plus encore, l’enjeu dépasse largement le cadre de ce procès : il engage l’autorité morale, la cohérence et la crédibilité même de la justice gabonaise. Comment convaincre l’opinion qu’une ère nouvelle s’ouvre, fondée sur la transparence et la redevabilité, si des pans entiers du système restent soigneusement épargnés ?
D’ailleurs, comment la justice pourrait-elle raisonnablement envisager de condamner les coaccusés de Noureddin et Sylvia Bongo Valentin pour leur participation présumée à un système de primes indues, tout en laissant à l’écart d’anciens dignitaires qui, selon les révélations entendues à la barre, auraient perçu les mêmes avantages ?
Une telle dissociation des responsabilités créerait une rupture manifeste dans la logique judiciaire : elle reviendrait à sanctionner certains maillons tout en épargnant ceux situés au sommet de la chaîne décisionnelle. Une justice qui s’arrête à mi-parcours, frappant les exécutants supposés et épargnant les bénéficiaires les plus influents, ne pourrait qu’alimenter l’idée d’un traitement à géométrie variable, incompatible avec les principes d’équité et d’impartialité que ce procès prétend incarner.
La comparution de ceux qui, à un titre ou à un autre, ont bénéficié de ces pratiques est non seulement un impératif juridique, mais aussi un devoir envers la Nation. Une justice sélective, limitée à un cercle restreint d’accusés, ne saurait restaurer la confiance. Seule une démarche exhaustive et courageuse permettra d’asseoir la légitimité des institutions dans cette période charnière.







