Gabon : Akure Davain, l’opposant de circonstance ou l’oiseau de mauvais augure qui oublie ses propres fientes ? 

Dr Séraphin Davain Akure en compagnie d’Ali Bongo Ondimba en juilet 2023 pendant la concertation nationale qui avait introduit le bulletin unique dans le processus électoral  © DR

Libreville, le 1er avril 2026 – (Dépêches 241). Il est des hommes dont la trajectoire politique constitue, à elle seule, un traité sur l’opportunisme. Dr Séraphin Davain Akure en est l’illustration la plus accomplie dans cette Ve République. Lui qui exige aujourd’hui le silence des opposants au régime Oligui Nguema s’est pourtant illustré par une carrière jalonnée de contradictions retentissantes, de compromissions assumées et d’une mémoire sélective d’une déconcertante commodité. Portrait d’un homme qui critique ce qu’il fut, et défend ce qu’il condamnait.

Un des plus grands défauts des hommes et des femmes politiques du Gabon est leur incapacité à se taire. La raison en est simple et presque philosophique. La plupart ignorent la valeur intrinsèque du silence et s’imaginent ne pouvoir exister autrement que par la parole. Sans conviction véritable ni engagement durable, ils s’arrogent l’illusion d’une légitimité à se prononcer sur tous les sujets, toutes les causes, tous les régimes, selon ce que le vent du moment leur dicte. Le Dr Séraphin Akure-Davain, ancien ministre de la Justice et actuel parlementaire de la Ve République, semble, à n’en point douter, avoir fait de cette posture une doctrine. Sa récente sortie pour exiger des opposants au régime d’Oligui Nguema de se taire, en attendant, dit-il, le bilan du travail accompli, a soulevé dans l’opinion publique une question aussi simple qu’implacable : de quel piédestal moral parle-t-il donc ?

Hier pourfendeur, aujourd’hui thuriféraire

La mémoire collective gabonaise a ceci de remarquable qu’elle oublie rarement ce qu’on voudrait lui faire oublier. Et cette mémoire se souvient. Elle se souvient avec acuité d’un Séraphin Akure-Davain animé par une véhémence presque messianique à la tribune du Parlement, sur les plateaux de télévision et les couloirs de l’Assemblée nationale, où il fustigeait avec une régularité d’horloge ce qu’il désignait comme l’incompétence et la gestion calamiteuse du régime d’Ali Bongo Ondimba. 

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Dans ce rôle d’opposant rigoureux, qu’il semblait alors incarner avec conviction, il s’était érigé en défenseur attitré de la démocratie, de la justice sociale, du respect de l’État de droit. C’est du moins l’image qu’il cultivait avec soin. Aujourd’hui, ceux qu’il critiquait hier sont devenus ses alliés de circonstance. Les pratiques qu’il condamnait sont désormais relativisées, voire tacitement cautionnées. Les injustices qu’il dénonçait avec force semblent s’être muées, à ses yeux, en instruments acceptables de gouvernance. Le contraste est saisissant. Il l’est d’autant plus que les dérives qu’il dénonçait naguère n’ont pas toutes disparu avec le changement de régime.

 « On ne mange pas la Constitution », mais on peut vendre et brader un masque Galoa

Dans l’opinion publique gabonaise il y a une phrase qui ne peut plus s’effacer de la mémoire collective . Lors d’un débat télévisé dont le souvenir demeure cuisant, le Dr Akuré Davain avait lâché cette formule révélatrice : « Les institutions fortes mais pour quoi faire ? On ne mange pas la Constitution, on ne mange pas les Institutions. ». Cette déclaration avait, à l’époque, choqué l’opinion. Elle avait choqué d’autant plus que son auteur passait pour l’un des chantres les plus éloquents du constitutionnalisme et de la primauté du droit. 

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Mais au fond, peut-être Alain Claude Bilie-By-Nze avait-il vu juste. Lorsque, répondant à une critique de Akure-Davain alors qu’il était Premier ministre, l’ancien chef du gouvernement avait cru bon d’évoquer publiquement l’histoire de la vente d’un masque Galoa attribuée à l’ancien ministre de la Justice, comme pour rappeler, ou alerter, sur la véritable nature morale du personnage. Un avertissement que l’opinion avait peut-être trop vite rangé dans les tiroirs de la joute politique mais qui prend désormais du relief avec la réalité de l’heure. 

 La Concertation Nationale de 2023 : la caution de trop

Si la trajectoire du Dr Séraphin Akure-Davain portait déjà en elle les germes d’une cohérence douteuse, c’est en 2023 qu’elle a révélé toute son incongruité. Cadre du Parti Les Démocrates de Guy Nzouba Ndama, parti d’opposition au Gabon, il avait alors choisi de prendre fait et cause pour le régime agonisant d’Ali Bongo Ondimba en participant à la Concertation Nationale, ce dialogue inique que l’opposition structurée avait dénoncé pour ce qu’il était. 

Une manœuvre pour verrouiller une victoire électorale de fait. Au cours de cette consultation, il avait apporté sa caution à des modifications de la loi électorale d’une gravité constitutionnelle manifeste, à savoir la suppression de l’enveloppe accolée, l’introduction du bulletin unique, la limitation des représentants de l’opposition par bureau de vote.

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Des modifications taillées sur mesure pour favoriser la réélection d’Ali Bongo Ondimba, et dont la légalité même était sujette à caution, en ce qu’elles contrevenaient frontalement au principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs et portaient atteinte à la liberté du vote. Qu’un ancien opposant, rompu aux critiques des errements de l’ancien pouvoir, ait pu valider de telles dispositions sans sourciller, voilà qui en disait plus long que toutes ses déclarations ultérieures sur la démocratie et sur la moralité de l’homme. 

L’opposant de circonstance et ses leçons impayées

Akure-Davain apparaît aujourd’hui, plus qu’hier, singulièrement mal placé pour distribuer des brevets de silence à ceux qui choisissent d’exercer leur droit de regard sur la gestion du pays. Car, à la différence de lui, dont les prises de parole semblent avoir été davantage dictées par des calculs d’opportunité que par la constance d’une conviction, les opposants qu’il sermonne s’inscrivent, du moins pour l’instant, dans une logique de dénonciation des manquements actuels, dans la perspective d’un changement souhaité par le peuple. 

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L’opposition, par définition, n’attend pas le bilan d’un régime pour exercer sa fonction de contre-pouvoir. Elle la remplit au quotidien, souvent au prix de sa liberté et de sa sécurité. Exiger des opposants qu’ils se taisent, c’est exiger d’eux qu’ils abdiquent. Et c’est précisément ce qu’un homme au passé trouble comme Akure-Davain ne saurait légitimement réclamer, lui dont le silence opportun de 2023 a contribué à valider une architecture électorale frauduleuse que le peuple gabonais a finalement rejetée par les urnes, ou plutôt, par la volonté des militaires au soir du 30 août.

Dans un contexte où la parole politique est scrutée avec une exigence nouvelle par des Gabonais las d’être trahis, la constance et la cohérence demeurent les seuls fondements véritables de la confiance citoyenne. Or précisément, ce sont là les deux vertus qui font cruellement défaut à l’itinéraire du Dr Séraphin  Akure-Davain. Que ceux qui n’ont pas de mémoire se gardent donc de vouloir en être les instituteurs. Car l’histoire, dans ce pays, a décidément une trop bonne mémoire. 

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