Gabon: le drame des archives nationales à l’épreuve de l’affaire Mbanié 

L’absence d’une véritable stratégie d’archivage a finalement rattrapé le Gabon dans le différend l’opposant à la Guinée-Equatoriale ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 29 mai 2025-(Dépêches 241). Après avoir perdu les îles Mbanié , Cocotiers et Conga, faute de pouvoir retrouver les documents authentiques prouvant la souveraineté du Gabon sur lesdites terres, Libreville découvre soudain l’importance des archives nationales.

Il aura fallu qu’une cour internationale nous demande poliment de sortir nos vieux parchemins pour que le Gabon réalise une vérité embarrassante: nos archives nationales ressemblent davantage à un grenier de grand-mère qu’à un sanctuaire de la mémoire nationale. Résultat des courses ? Mbanié, Cocotiers et Conga changent de mains, et voilà le pays en train de chercher désespérément les clés de ses propres coffres-forts historiques.

La scène devait avoir des allures de comédie burlesque. D’un côté, les juristes de La Haye attendaient patiemment les preuves irréfutables de la souveraineté du Gabon sur ces îlots paradisiaques. De l’autre, des représentants fouillant probablement dans des cartons humides, armés de lampes de poche, à la recherche du fameux traité qui aurait tout changé. « Il était là la semaine dernière, je vous jure ! », devait-on entendre dans les couloirs poussiéreux de nos archives. Car c’est bien le drame de cette affaire: nous possédions certainement les documents qui auraient pu faire pencher la balance en notre faveur, mais ils étaient aussi accessibles qu’un trésor de pirates enterré sans carte. Entre les toiles d’araignées, l’humidité tropicale et l’absence de système de classement digne de ce nom, retrouver un acte colonial du XXe siècle relevait de l’expédition archéologique.

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L’ironie de la situation n’a échappé à personne. Voilà un pays qui revendique fièrement son patrimoine culturel et sa riche histoire, mais qui laisse cette même histoire moisir dans des conditions dignes d’un film d’horreur. Les ancêtres auraient soigneusement consigné leurs faits et gestes sur ce parchemin, la postérité les a consciencieusement oubliés dans des caves.

Maintenant que le mal est fait et que les voisins équato-guinéens peuvent légitimement planter leur drapeau sur ces îles disputées, voilà qu’on découvre les vertus de la modernisation. Numérisation, catalogage, conservation préventive: tous ces mots barbares font soudain partie du vocabulaire officiel. On parle même de formation du personnel, comme si l’idée de former les gardiens de notre mémoire collective venait tout juste de germer dans l’esprit des dirigeants.

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Le plus savoureux dans cette histoire, c’est que les responsables appellent désormais à un « électrochoc ». Comme si la perte de territoire national n’était qu’un petit désagrément nécessaire pour faire réaliser l’importance des archives. Un électrochoc à plusieurs millions de dollars, si l’on considère la valeur de ces îles et de leurs eaux territoriales riches en ressources. On imagine déjà les futures campagnes de communication: « Vos archives, notre fierté ! » ou encore « Préservons notre patrimoine pour ne plus perdre nos îles ! ». Les mêmes qui hier trouvaient le budget archives trop élevé découvrent aujourd’hui que la négligence coûte bien plus cher que la prévention.

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En attendant, il faudra sans doute des années pour rattraper le retard accumulé. Le temps de rénover les bâtiments, de numériser les millions de documents éparpillés, de former le personnel et de créer enfin un système de conservation digne de ce nom. Autant dire que si demain un autre différend territorial surgit, le pays risque encore de jouer à cache-cache avec sa propre histoire. Mais il y a bien de quoi demeurer optimiste: cette mésaventure aura au moins eu le mérite de rappeler une vérité fondamentale. Un pays sans archives accessibles, c’est un peu comme un avocat qui se présente au tribunal sans son dossier. Ça peut passer pour de la négligence, mais ça ressemble surtout à de l’amateurisme.

L’heure de la modernisation a donc sonné, paraît-il. Espérons qu’elle ne sonne pas dans le vide, comme ces carillons d’archives nationaux que plus personne n’entend depuis des décennies. 

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