
Libreville, le 11 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Dans les couloirs feutrés du palais de justice de Libreville, une nouvelle bataille juridique se dessine. Celle-ci ne se joue plus dans les prétoires, mais dans un cabinet d’avocat transformé en forteresse. Cette semaine, Maître Gisèle Eyue Békalé, conseil de Sylvia et Noureddin Bongo, a refusé de quitter son bureau, encerclée par les agents de la Direction Générale des Recherches. Une descente des éléments des forces de l’ordre qui interroge autant qu’elle divise.
L’image est saisissante : une femme de loi, barricadée dans son sanctuaire professionnel, face aux forces de l’ordre qui patientent dehors. Convoquée mercredi matin à la Direction Générale des Recherches, l’avocate n’a pas daigné se présenter. Son silence résonne comme un défi, mais ses proches y voient plutôt l’expression d’un droit fondamental bafoué.
« Le cabinet d’un avocat est inviolable », martèlent les sources judiciaires, rappelant que la procédure exige une autorisation préalable du Bâtonnier. Cette règle, gravée dans la loi gabonaise, protège l’exercice d’une profession où le secret professionnel côtoie quotidiennement les secrets d’État. Ironie du sort, celle qui défend les droits de ses clients se retrouve à défendre les siens.
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L’accusation qui pèse sur Maître Eyue Békalé révèle les dessous troubles de cette affaire : elle serait, selon Jean Gaspard Ntoutoume Ayi à l’origine de la fuite des vidéos compromettantes, tournées lors des auditions de ses clients. Ces images, devenues virales, montrent l’ancienne Première Dame et son fils dans des conditions d’interrogatoire que d’aucuns qualifient d’inhumaines. Elles révèlent en outre ce qui portent tous les atours d’une vile instrumentalisation de la justice gabonaise.
Mais un détail troublant émerge des révélations de l’activiste Jonas Moulenda: ces vidéos auraient été filmées par les accusés eux-mêmes, grâce à des lunettes intelligentes dissimulant une caméra espion. Une technologie digne d’un film d’espionnage, utilisée pour documenter ce qu’ils décrivent comme des « tortures et harcèlements ».
Cette version transforme radicalement la donne. Si elle s’avère exacte, Maître Békalé ne serait qu’un bouc émissaire dans une stratégie de communication orchestrée par ses propres clients, désormais en exil londonien permis de façon incompréhensible par les plus hautes autorités gabonaises. Une hypothèse qui éclaire d’un jour nouveau ce bras de fer judiciaire où chaque camp semble jouer sa survie.
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Depuis leur refuge britannique, Sylvia et Noureddin Bongo dénoncent déjà un « faux procès » programmé pour novembre 2025. Ils y voient une manœuvre pour légaliser la saisie de leurs biens et justifier leur détention passée. Dans cette partie d’échecs juridique, l’avocat assiégé pourrait bien n’être qu’un pion sacrifié sur l’échiquier d’une justice en quête de légitimité.
Le silence obstiné et légitime de Maître Békalé prend alors une dimension symbolique. En refusant de se soumettre à une procédure qu’elle juge illégale, elle défend peut-être moins ses clients que l’indépendance de sa profession. Un combat perdu d’avance, ou l’ultime résistance d’un système judiciaire en mutation ? Seul l’avenir le dira.







