
Libreville, le 31 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Plus de deux ans après la tragédie qui avait profondément marqué l’opinion publique, le procès du naufrage de l’Esther Miracle s’est ouvert le 13 juin dernier à Libreville. Ce drame maritime, qui avait coûté la vie à de nombreuses personnes et laissé des familles entières dans le deuil, trouve enfin un écho judiciaire. Les familles des victimes espèrent que ce procès permettra de faire toute la lumière sur les causes du naufrage et d’établir clairement les responsabilités. Le verdict est attendu pour le 7 août 2025.
La tragédie de l’Esther Miracle est la plus grande tragédie maritime dans l’histoire récente du Gabon. Dans la nuit du 9 mars 2023, le ferry appartenant à la compagnie Royal Coast Marine quittant Libreville pour Port‑Gentil a chaviré en mer aux environs de 3 heures du matin. À bord se trouvaient des centaines de passagers. Le bilan officiel a fait état d’une trentaine de personnes décédées ou portées disparues.
Le 26 juillet, le tribunal correctionnel de Libreville a examiné deux points majeurs : la régularité de la détention prolongée de plusieurs inculpés principaux et l’éventuelle mise en cause de l’État gabonais en tant que partie civilement responsable.
Enjeux juridiques autour de la détention prolongée des prévenus
Suite au naufrage tragique de l’ Esther Miracle, plusieurs responsables ont été incarcérés, dont Fidèle Angoue Mba, directeur général de la Marine marchande, Armand Blaise Mbadinga, directeur général de la société Royal Cost Marine, ainsi que le commandant et le mécanicien du navire. Ils sont poursuivis pour des faits tels que l’homicide involontaire, l’omission de porter secours, le faux et usage de faux, et la mise en danger de la vie d’autrui.
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Ces détentions préventives, qui se prolongent désormais au-delà de dix-huit mois, posent un véritable problème sur le plan juridique. En effet, l’article 134 du Code de procédure pénale encadre strictement la durée maximale de la détention provisoire dans les affaires correctionnelles, fixée à dix-huit mois. Cette disposition vise avant tout à protéger les droits fondamentaux des accusés, en évitant notamment que la privation de liberté avant jugement ne s’éternise de manière injustifiée.
Par conséquent, toute détention dépassant ce délai apparaît comme une violation potentielle des garanties procédurales et des droits de la défense. Les avocats des prévenus ont donc officiellement formulé des demandes de libération immédiate, arguant du non-respect de ce cadre légal.
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Cette affaire, au cœur d’un enjeu juridique sensible, soulève des interrogations importantes quant à l’équilibre entre la nécessité de poursuivre efficacement les investigations dans une affaire d’une telle gravité et la protection des libertés individuelles des personnes mises en cause.
L’Etat appelé à la barre
Dans une correspondance du 20 juin 2025, l’avocat des ayants droit des victimes, Me Anges Kevin Nzigou a demandé au parquet de faire citer deux anciens membres du gouvernement comme témoins dans l’affaire en cours: Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et Brice Paillat, ancien ministre des Transports. Selon Me Nzigou, leur témoignage est indispensable pour comprendre comment un navire « en état manifestement défectueux » a pu être autorisé à naviguer, au mépris des règles élémentaires de sécurité maritime.
Rappelant qu’à l’époque , l’ancien ministre des transports avait démissionné moins d’une semaine après le drame, pour Me Nzigou, « Ce départ pouvait être en lien avec des responsabilités administratives ou politiques dans la survenance ou la gestion de cette tragédie », écrit-il.
Pour les proches des victimes, durement éprouvés depuis l’accident, ce verdict tant attendu représente un espoir : celui de voir les responsabilités établies et de pouvoir, enfin, entrevoir une forme de justice après des années d’attente et de souffrance.







