
Libreville, le 23 octobre 2025 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs jours, une polémique enfle autour de la prime de qualification des Panthères du Gabon pour la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Cette prime, voulue et annoncée par le président de la République, devait être un geste d’encouragement à l’endroit de la sélection nationale. Or, au moment de la distribution, les choses ont pris une tournure inattendue. Des voix se sont élevées au sein du staff technique pour dénoncer des disparités dans les montants perçus, révélant un désordre qui trahit une gestion pour le moins suspecte.
Au cœur de cette confusion, un fait troublant : le conseiller spécial du président de la République, chargé des affaires sportives, Paul Kessany, aurait modifié au stylo le fichier officiel de répartition des primes. Un acte pour le moins curieux, qui interroge autant sur son opportunité que sur son origine. Selon la version défendue par le principal concerné, ces modifications auraient été faites « sur instruction » des plus hautes autorités. Mais de qui ? Difficile à dire. Ce flou alimente les soupçons d’une manipulation interne, où les ordres réels et les intérêts personnels se confondent dangereusement.
Fait notable, lors de son appel sous fond de menace au Directeur de publication de la rédaction de Dépêches 241, le Conseiller spécial Paul Kessany avait demandé, avec une gravité appuyée, si la rédaction détenait des preuves des modifications manuscrites des montants querellés. Une manière subtile et captieuse de laisser entendre que cette information serait fausse, et que le simple fait de l’évoquer exposerait son auteur à d’éventuelles poursuites.
Une manœuvre qui à l’épreuve de l’analyse trahit à demi-mot la perfidie d’un homme qui, en voulant faire passer pour diffamatoire une information pourtant avérée, et du reste confirmée par le Manager Général, laisse percevoir une attitude pour le moins équivoque.
Car si les modifications ont réellement été effectuées sur instruction des autorités supérieures, pourquoi n’a t-il pas pas assumer l’information quand elle a été rendue publique ? Pourquoi ce besoin de feindre l’indignation et de chercher à savoir si la presse détient la preuve ? Une telle réaction, au lieu de dissiper les doutes, renforce l’idée que Paul Kessany aurait agi de sa propre initiative, dans un mélange de zèle et d’arbitraire qui en dit long sur certaines pratiques persistantes chez ceux qui se drapent du manteau de la blanche colombe pour dissimuler leurs méfaits.
L’affaire illustre une fois de plus la persistance des mauvaises habitudes héritées du régime déchu, où l’usage du nom du chef de l’État servait trop souvent à légitimer des irrégularités. Si la décision initiale du président visait à récompenser le mérite collectif, sa mise en œuvre semble avoir été dévoyée par ceux-là mêmes censés en garantir la transparence. Comment expliquer qu’un document officiel, validé par la présidence, soit corrigé à la main, comme si l’administration fonctionnait à l’improviste ? Même dans l’hypothèse où ces instructions viendraient réellement du chef de l’État, le procédé reste indéfendable.
Le site AFC Sport.com a tenté de calmer la polémique en soutenant que « le montant des primes versées aux Panthères du Gabon est à la discrétion du Chef de l’État, aucun détournement n’est possible ». Une justification qui, à l’épreuve des faits, ne convainc personne. Dans un pays où l’argument de « l’ordre venu d’en haut » a trop souvent servi de paravent à des pratiques douteuses, la version officielle sonne comme un refrain bien connu. L’affaire des primes des Panthères ne serait alors qu’un épisode supplémentaire d’une culture administrative qui refuse obstinément la rigueur et la traçabilité.
Dès lors, la question demeure entière : qui a réellement donné l’ordre de modifier le fichier des primes ? Cette question qui se pose en bon droit appelle à une clarification de la situation, car à force de tolérer ces zones d’ombre, le risque est grand de voir se reconstituer, autour du nouveau pouvoir, les mêmes réseaux d’opacité et de compromission qui ont ruiné l’ancien régime.
Le fait que Paul Kessany soit un proche collaborateur du Chef de l’État ne l’exonère ni de la critique ni de la dénonciation d’une attitude possiblement condamnable. Tout autant que tourner en dérision cette affaire de prime ne saurait occulter la réalité d’un acte qui, à bien y regarder, pourrait relever d’un arbitraire illégal, en sectionnant unilatéralement ce qui avait été décidé et validé au sommet de l’État.
La présidence de la République ne saurait ignorer ce signal d’alarme. En tolérant que ses proches manipulent au stylo des documents officiels, il prend le risque de décrédibiliser son engagement pour la bonne gouvernance. Si le changement promis doit être autre chose qu’un slogan, il passe d’abord par la transparence et la sanction des dérives, fussent-elles commises par ceux qui prétendent faussement ou pas, « agir sur instruction ».







