Me Mba Ondo: « M. le procureur, s’il vous plaît, rendez l’argent de M. Opiangah, car vous avez agi en marge de la loi »

L’avocat d’Hervé Patrick Opiangah à solennellement invité la procureur de la République à restituer les biens, bijoux et fonds saisis au domicile de son client ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 16 novembre 2025 – (Dépêches 241). Ce  jour-là, vendredi 14 novembre dernier, la conférence de presse des conseils de l’ancien ministre des Mines devait être un exercice routinier d’explications techniques. Elle s’est muée, par la seule force d’une phrase, en un acte solennel de rappel à l’ordre républicain. Face à un parterre de journalistes attentifs, Maître Célestin MBA Ondo, l’un des avocats de Hervé Patrick Opiangah, a lancé, avec une gravité tranchante : « Monsieur le procureur, s’il vous plaît, rendez l’argent de M. Opiangah, car vous avez agi en marge de la loi»

Il est des conférences de presse qui s’oublient dès la dernière poignée de main. Et puis, il y a celles où un avocat, droit dans sa robe noire, convoque le procureur de la République à un exercice de morale appliquée. C’est précisément ce qu’a offert Maître Célestin MBA Ondo, conseil de l’homme d’affaires Hervé Patrick Opiangah, ancien ministre des Mines du gouvernement de Transition, lorsqu’il a formulé, avec un mélange détonnant de courtoisie et d’ironie, une phrase qui convoque la moralité du paquet: « S’il vous plaît rendez l’argent de Monsieur Opiangah ». 

Une supplication dans la forme, certes. Mais dans le fond, un diagnostic d’une sévérité clinique. Les avocats de l’homme d’affaire sont d’abord revenus sur la perquisition menée dans la nuit du 20 novembre 2024. Une perquisition constellée de vice de forme et dont ils contestent les fondements mêmes.

Selon les avocats du fondateur du CF Mounana, l’opération se serait déroulée en violation de l’article 55 alinéa 2 du Code de procédure pénale, texte cardinal qui impose un mandat régulier, un inventaire des objets saisis et la mise sous scellés des biens avant leur remise au juge d’instruction. Or, à en croire la démonstration de Me Mba Ondo et de ses deux consœurs Me Paulette Oyane Ondo et Me Carol Moussavou, aucune de ces garanties procédurales ne semble avoir honoré les lieux. 

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Aucun  mandat de perquisition n’a été présenté par les Officiers de police judiciaire. Aucun procès-verbal recensant les biens n’a été dressé. Les objets saisis et scellés n’ont jamais été remis au magistrat instructeur. Une trilogie d’irrégularités qui, en d’autres temps, aurait suffi à faire rougir de honte les plus téméraires du parquet. 

Des scellés introuvables et un juge d’instruction qui s’en étonne

Le juge d’instruction effaré par la situation a lui-même, par le biais d’une ordonnance lue par les avocats, indiqué n’avoir jamais reçu les scellés provenant de cette perquisition. Une absence si totale qu’elle confine à l’abstraction. Me MBA Ondo en tire cette conclusion, d’une logique désarmante et d’une ironie glacée : « Les scellés, puisqu’ils n’ont pas été remis au juge d’instruction, ont changé de nature. Ils sont devenus des biens de M. Opiangah détenus arbitrairement par le parquet »,a-t-il lancé. Il fallait l’audace de le dire. Il fallait surtout le calme d’un juriste certain de son droit pour l’affirmer publiquement.

Le propos prend encore plus de relief lorsque l’avocat rappelle que le parquet est, par essence, « le détenteur de la loi, le protecteur des biens des personnes ». Une manière très solennelle de souligner ce paradoxe : comment l’institution chargée de veiller à la rigueur procédurale peut-elle se permettre les libertés qu’elle sanctionnerait normalement et logiquement chez tout autre acteur judiciaire ?

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Cette question n’a pas besoin d’être posée frontalement ; elle plane, lourde, au-dessus des déclarations, comme une évidence que nul n’ose contredire. D’où la supplique finale, qui sonne moins comme une requête que comme une mise au point : « S’il vous plaît, Monsieur le procureur de la République, veuillez restituer les biens au légitime propriétaire », a supplié Me Mba Ondo non sans une pointe d’ironie. 

Un rappel à la mémoire de la République

Au-delà du cas Opiangah, l’intervention de Me MBA Ondo pose une interrogation plus vaste et plus fondamentale : qu’advient-il de l’État de droit lorsque ceux qui en sont les gardiens s’autorisent des marges inédites ? La République ne se mesure pas aux effets d’annonce mais à la minutie de l’exécution.

Elle ne s’évalue pas au prestige des discours mais au respect des règles les plus élémentaires. Elle vacille moins sous la violence des crises que sous les petites négligences qui, additionnées, deviennent des atteintes aux libertés. Et c’est peut-être là le véritable message de cette conférence : le droit n’est pas une décoration institutionnelle, mais une discipline. Et lorsque ceux qui doivent l’incarner s’en éloignent, même légèrement, c’est toute la confiance publique qui s’obscurcit.

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