
Libreville, le 27 février 2025 – (Dépêches 241). Ce 25 février, date butoir annoncée par le gouvernement pour amorcer sa réponse au cahier des charges déposé par les enseignants, notamment ceux de SOS ÉDUCATION LA BASE, en grève depuis le mois de décembre, les nouvelles qui filtrent relativement au nombre de sortant écoles pris en compte ce mois de février ne présagent rien de bon. D’autant qu’il se pourrait que seuls vingt sur trois cent vingt huit ont été mis en soldes. Une situation qui pourrait davantage décrédibiliser un exécutif déjà sous le feu des critiques depuis plusieurs mois.
Le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema à la réputation peu reluisante de promesses non tenues, aurait-il, comme présagé par ses détracteurs, floué SOS ÉDUCATION LA BASE ? La question se pose avec acuité ces dernières heures. Cette interrogation est d’autant plus essentielle que certaines rumeurs, émanant de personnes proches du dossier lié à la crise de l’éducation, révèlent avec une déception sans précédent que, sur les 328 mises en solde en attente concernant les sortants d’écoles, il n’y aurait eu que 20 régularisations. Une situation qui, au-delà de la moquerie qu’elle suscite, témoigne à la fois de l’irresponsabilité, de l’inconséquence et de l’injure du gouvernement, notamment du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de la Fonction publique et de celui de l’Économie, à l’encontre du corps enseignant.
Cette information du reste confirmée par la ministre de la Fonction Publique Laurence Ndong, ne fait que conforter une réalité sans cesse rappelée par les enseignants, celle d’un mépris manifeste du régime actuel envers ceux qui sont censés éduquer nos enfants et former l’élite de demain. Ainsi, sans risque de se tromper, par cette prise en compte partielle et particulièrement dérisoire, le gouvernement ne se désengagerait pas seulement : il marquerait, simplement, sa volonté de détruire de façon irréversible ce qui était encore qualifié, peut-être abusivement, de système éducatif gabonais.
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Dans ces conditions, tous les conclaves, réunions ou autres commissions tripartites mis en place précédemment n’auraient été que de l’enfumage, de la duperie, de la poudre aux yeux destinés à amener les enseignants à regagner les salles de classe alors qu’en réalité, derrière ces annonces, il n’y aurait rien. Si cette situation particulièrement gave est avérée, ceux qui disaient la ministre actuelle de l’Éducation nationale Camélia Ntoutoum Leclercq incapable de résoudre le problème pourraient avoir eu raison trop tôt.
Car rien, absolument rien, ne saurait expliquer qu’au moment où l’école gabonaise se trouve à son plus faible niveau, cette dernière ne soit pas capable de peser de tout son poids pour amorcer véritablement le règlement des difficultés de son département ministériel. À moins de considérer qu’elle serait ministre d’Etat chargée de l’éducation pour des raisons de convenance.
Quant à la ministre de la Fonction publique, Laurence Ndong, elle semble fidèle à sa réputation. La surprise aurait donc été, en ce qui la concerne, de la voir engagée avec sincérité dans ce dossier. Datant que lorsqu’une personne a été capable de tourner casaque ou de renoncer, avec une aisance déconcertante, à ses combats d’hier pour protéger son strapontin d’aujourd’hui, elle ne peut être sincère que dans le reniement.
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Et pour justifier ce qui s’apparente vraisemblablement à une imposture agrégée à de l’incompétence, l’ex égérie de la diaspora gabonaise en France a déclaré, toute honte bue: « Il était question que pour le mois de février, il y ait 148 sortants école qui soient mis en solde et 20 pour le mois de mars. Malheureusement nous avons eu des soucis techniques qui ont fait qu’on n’avait pas le temps matériel de traiter les dossiers de mise en solde prévus en février. Nous avons donc simplement inversé. Donc, il y en a 20 qui vont passer en solde en février et les 148 passeront en solde en mars », a-t-elle fait savoir. Autrement dit, circulez, il n’y à rien à voir, et continuez à nous faire confiance pour le mois prochain. Quoi qu’il en soit « le pays se porte mieux depuis le 30 août 2023 ».
Le ministre de l’économie et des finances, quant à lui, fidèle et droit dans ses bottes, semble favorable à d’autres priorités. Comme la mise en stage controversée exécutée depuis son arrivée dans ce département ministériel, quand bien même son prédécesseur avait jugé non nécessaire une telle dépense. Ainsi, selon toute vraisemblance, le stage onéreux des cadres des régies financières mis sous sa tutelle, vaut tous les sacrifices financiers possibles, même non budgétisés, quand les enseignants continuent cruellement de croupir dans la misère la plus abject.
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Une chose demeure donc claire : ce gouvernement ne semble pas être le gouvernement providentiel auquel le peuple s’attendait. Et comme c’est très souvent le cas malheureusement, ce sont les enseignants déjà précarisés qui devront payer le lourd tribut de l’incompétence et du manque de volonté politique des autorités gouvernementales actuelles. Reste à savoir quelles décisions prendront SOS ÉDUCATION LA BASE et l’ensemble du personnel enseignant à l’issue de ce résultat.
Ainsi, ce 25 février 2026, l’exécutif gabonais joue une part importante de sa crédibilité. Si les engagements annoncés ne se traduisent pas par des actes concrets et mesurables, la fracture entre le gouvernement et le monde éducatif risque de se creuser davantage. Et l’année blanche que l’on ne saurait souhaiter à la jeunesse gabonaise déjà abandonnée à elle-même, risque de imposer comme seule option. Mais au-delà des chiffres et des promesses, c’est l’avenir de l’école gabonaise, et, avec lui, celui de toute une génération, qui se trouve suspendu aux décisions des prochaines heures.







