Gabon: le clan Bongo victime d’une justice dont ils se servaient pour broyer leurs adversaires du temps de leur puissance ?

Ali Bongo, son épouse et son fils ont longtemps usé et abusé du système judiciaire gabonais pour mettre ou tenter de mettre hors circuit plusieurs de leurs adversaires ©Dépêches 241

Libreville, le 18 juillet 2025 – (Dépêches 241). Qui l’eût cru ? C’est par cette interrogation qui exprime la surprise et l’incrédulité sur la situation inattendue de l’ancienne famille présidentielle du Gabon que s’ouvre cette analyse. Puissant hier, écrasant toute forme de résistance, bâillonnant les adversaires politiques en se drapant du manteau de la justice, aujourd’hui le clan d’Ali Bongo crie au loup, accusant cette même institution judiciaire de corruption et d’incompétence, alors même qu’elle s’en est régulièrement servie pour broyer toute voix discordante du temps de leur règne.

Qu’il semble bien loin, le temps de la toute-puissance du clan d’Ali Bongo Ondimba. Celui où les adversaires politiques étaient tenus en bride à travers un appareil répressif qui bâillonnait systématiquement toute voix discordante, mais aussi et surtout par une instrumentalisation accrue de l’appareil judiciaire gabonais, pour régler des comptes à tous ceux qui refusaient de courber l’échine face au clan.

Au rang des horreurs et injustices que l’ancien Chef d’État, Ali Bongo Ondimba, a fait subir aux gabonais, figurent l’assaut à l’arme lourde du Quartier Général du l’ex candidat à la présidentielle de 2016, Jean Ping Okoka, la séquestration et l’arrestation dans la foulée de plusieurs leaders politiques, parmi lesquels Bertrand Zibi Abeghe. En effet, dans la nuit du 30 au 31 août 2016, le Gabon a enregistré la nuit la plus effroyable de son histoire politique: un commando lourdement armé attaquait le QG politique de Jean Ping, faisant tomber cette nuit, plusieurs gabonais, qui réclamaient seulement le respect de leurs votes.

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À la suite de cette attaque meurtrière, une figure forte de la résistance à l’époque, va être arrêtée et subir une parodie de justice: il s’agit de Bertrand Zibi Abeghe. Ne supportant pas de lui avoir fait des griefs en public et en démissionnant du PDG dans le même coût lors d’une tournée dans le Woleu-Ntem, Ali Bongo Ondimba avait trouvé en ce temps, une occasion toute indiquée de faire payer au natif de Minvoul son affront: construction et grossissement fallacieux des chefs d’accusation, fabrication de fausses preuves et procès biaisé en avance, Bertrand Zibi en a pris injustement pour six longues années de prison, agrémentées par des sévices corporels et tortures de toutes natures.

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Toujours dans le registre de l’instrumentalisation de la justice gabonaise, la clan de l’ancienne famille présidentielle s’était encore illustré dans l’opération anti-corruption dénommée « Scorpion », en se lançant cette fois-ci aux trousses de l’ancien Directeur de Cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga et ses affidés, affectueusement appelé « Bla Boys ». Dans une véritable chasse à l’homme, l’ancienne Première Dame et son fils auraient régulièrement intimé des ordres aux magistrats, ainsi qu’à plusieurs proches de l’ex super DC, afin que ces derniers l’accablent sévèrement, en construisant de fausses accusations qui pourraient servir lors d’une parodie de procès.

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À ce sujet, Patrichi Tanasa, ex Directeur Général de Gabon Oil Company (GOC), Noël Mboumba, ancien Ministre du Pétrole et Grégory Laccruche Alihanga sont restés formels: ils recevaient des ordres de Sylvia et Noureddin Bongo, pour faire des faux témoignages qui devaient enfoncer BLA lors d’un procès. « La juge d’instruction me dictait les déclarations à mettre dans les procès-verbaux », avait d’abord confié Noël Mboumba à la barre lors de son procès, avant de poursuivre « J’ai subi des pressions afin de retirer les noms de Noureddin Bongo Valentin et Ali Bongo Ondimba et surtout pour modifier mes déclarations ! », avait-il déclaré.

Plus proche de nous, Grégory Laccruche Alihanga, frère cadet de BLA, a lui aussi libéré la parole. « Alors que j’étais encore Maire d’Akanda, j’ai reçu un appel de Noureddin Bongo (…) il me demande une chose: lancer de fausses accusations contre mon frère Brice Laccruche Alihanga. L’accuser de trahison. Fabriquer de faux témoignages. En somme prêter main forte à leur règlement de comptes », peut-on lire sur sa page Facebook officielle. Et d’ajouter: « Trois jours plus tard, j’étais arrêté. Jeté en prison. Garde à vue prolongée illégalement. Détention préventive de 4 ans sans procès, sans audience, sans défense (…) Nono a dit si tu veux sortir, tu n’as qu’à charger ton frère », lui répétaient inlassablement ses geôliers. 

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Tous ces éléments interrogent donc sur l’attitude du clan d’Ali Bongo Ondimba qui aujourd’hui crie au loup, arguant que la justice gabonaise serait une justice dévoyée, corrompue et instrumentalisée, alors qu’il y a peu, il se réjouissait de traîner devant cette institution ses adversaires politiques, ses détracteurs et même toute personne se refusant de cautionner leurs dérives. 

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