Abus d’autorité et excès de zèle: pour un conflit personnel avec Mouyouma, Kessany bloque les fonds liés au titre de Mangasport et ceux de la LINAFP pour le championnat 

quand l’ego ministériel de Paul Kessany menace de prendre le football gabonais en otage © Dépêches 241

Libreville, le 28 août 2026 – (Dépêches 241). Le courrier de la LINAFP adressé le 27 août 2026 au ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany référencé au N°68/LINAFP/PDT/26-27 et parvenu à la rédaction de Dépêches 241, fait émerger une situation pour le moins troublante. On y apprend, sans fard, que le prize money de soixante-quinze millions (75.000.000) francs CFA dû à l’AS Mangasport, club champion du Gabon au terme de la saison 2025-2026, se trouve suspendu à une exigence pour le moins curieuse et singulière : que l’entraîneur du club, Thierry Mouyouma, présente au ministre des excuses publiques et écrites. Une affaire de susceptibilité personnelle, érigée en condition de paiement d’une dette sportive de la République envers ses champions.

Le courrier adressé le 27 août 2026 par la Ligue Nationale de Football Professionnel (LINAFP) au ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, soulève une question autrement plus importante que le seul différend opposant le membre du gouvernement à Thierry Mouyouma. Jusqu’où un responsable public peut-il laisser une querelle personnelle interférer avec les intérêts d’un club et, au-delà, avec ceux du football national ?

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En contestant le gel de la prime de champion de Mangasport, la LINAFP rappelle un fait d’une logique évidente : 75 millions de francs CFA récompensent un résultat sportif, pas la docilité d’un entraîneur à l’égard d’un ministre.

Le football ne se joue pas au gré des susceptibilités

Le courrier de la LINAF est sans ambiguïté sur la teneur des échanges téléphoniques des 24 et 27 août. Le ministre y aurait indiqué que l’AS Mangasport ne recevrait pas sa prime tant que son entraîneur, Thierry Dieudonné Mouyouma ne se serait pas excusé publiquement. Et le ministère des Sports ne s’arrête pas là, il indique que la LINAFP elle-même ne recevrait plus aucun paiement pour n’avoir pas fait aboutir une procédure disciplinaire contre le même entraîneur, dont le tort principal semble avoir été de préférer recevoir sa médaille de champion à la main plutôt que de se la voir accrochée au cou par Paul Kessany, le ministre en personne. 

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Que l’on réfléchisse deux secondes et que l’on mesure la disproportion et l’ignominie d’une telle posture. Un geste protocolaire décliné devient, dans l’esprit du ministre des Sports, un motif suffisant pour geler des dizaines de millions de francs CFA dus à toute une équipe et à une ligue qui œuvre pour le bien du football gabonais. C’est là, précisément, la définition de l’abus d’autorité, l’usage d’une fonction publique au service d’une susceptibilité privée.

La LINAFP, dans sa réponse, prend d’ailleurs soin de rappeler une distinction élémentaire que le ministre semble avoir perdue de vue. « La récompense financière est attachée au résultat sportif, elle sanctionne un classement » et non la personnalité de tel ou tel membre de l’encadrement technique. Aucune disposition du règlement du National Foot ne permet de subordonner ce versement à une sanction disciplinaire, a fortiori à une sanction que le ministre lui-même semble exiger par anticipation, avant même que la procédure n’ait suivi son cours. Un ministre qui exige d’un organe disciplinaire qu’il sanctionne avant d’avoir instruit confond l’autorité de tutelle avec le tribunal qu’il n’est pas.

Paul Kessany et le spectre du boycott, déjà connu dans le football gabonais 

Ce dossier réveille un souvenir que les observateurs du football gabonais n’ont pas oublié, celui des accusations de boycott qui avaient déjà visé Paul Kessany à l’époque où Thierry Mouyouma occupait le poste de sélectionneur national. Que le même nom revienne, dans une configuration presque identique, un club engagé en compétition africaine, une équipe techniquement dirigée par le même homme, et une prime bloquée sur fond de contentieux personnel, invite légitimement à s’interroger sur la persistance d’un même schéma.

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Priver l’AS Mangasport de sa récompense au moment précis où le club représente le Gabon sur la scène continentale ne relève plus d’une simple maladresse administrative. Si les faits rapportés par la LINAFP sont confirmés, cela s’apparenterait plutôt à une forme de sabotage silencieux, particulièrement préoccupant lorsqu’il semble frapper un club dont le ministre des Sports devrait être l’un des premiers soutiens.

Et lorsque, dans plusieurs épisodes controversés mêlant soupçons de boycott, de pression ou de règlement de comptes, le même nom revient avec une insistance troublante, il est légitime de s’interroger. 

Un fauteuil ministériel n’est pas une tribune pour les règlements de comptes

Paul Kessany n’est pourtant pas un observateur extérieur au football gabonais. Ancien footballeur, il connaît nécessairement les codes, les frustrations, les rivalités et les susceptibilités qui traversent cet univers. C’est précisément pour cette raison que l’exigence de hauteur devrait être plus forte chez lui que chez quiconque. 

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Un ministre si tant est qu’il faille le rappeler,  n’est pas un joueur supplémentaire descendu sur la pelouse pour régler ses comptes. Un ministre des Sports, fût-il ancien footballeur, n’est pas propriétaire de sa fonction. Il est le dépositaire temporaire d’une fonction qui impose mesure, détachement et sens de l’intérêt général. Il est le ministre au service du sport gabonais et non de ses propres rancunes et de ses vils ressentiments. 

Prendre de la hauteur, c’est précisément cela, savoir distinguer l’homme blessé dans son amour-propre du serviteur de l’État chargé de faire respecter des règles qu’il n’a pas le droit de plier à sa convenance. Kessany devrait, pour sa gouverne, apprendre que l’autorité républicaine grandit lorsqu’elle sait se maîtriser, elle se rabaisse lorsqu’elle paraît s’exercer contre ceux qui ont déplu.

En transformant une prime sportive en monnaie d’échange contre des excuses personnelles, Paul Kessany donne à voir une gestion du pouvoir foncièrement anti-républicaine, où l’intérêt général s’efface devant l’ego ministériel d’un homme constamment frustré qui pourrait traîner avec lui, le département ministériel qu’il dirige dans les tréfonds de la bassesse. 

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Montesquieu l’écrivait avec la clairvoyance qu’on lui connaît : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » Il y a, dans l’attitude du ministre des Sports Paul Kessany , quelque chose qui ressemble fort à une illustration involontaire, et peu flatteuse, de cette mise en garde. Ce que Paul Kessany dénonçait hier en tant qu’ancien footballeur, semble-t-il aujourd’hui le reproduire avec un zèle que rien ne justifie, sinon la démonstration, hélas classique, de ce qui advient lorsqu’on place l’homme qu’il ne  faut pas à la place  qu’il ne faut pas : l’amateurisme, tôt ou tard, finit toujours par s’exprimer.

Dans le souci du respect du principe du contradictoire, la rédaction de Dépêches 241 a joint au par téléphone le président de la LINAFP, qui n’a pas souhaité se prononcer. Quand au ministre des sports, Paul Kessany, il semble avoir fait le choix de ne pas décrocher le téléphone. 

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