
Libreville, le 31 août 2026 – (Dépêches 241). À mesure que se succèdent les épisodes impliquant Paul Kessany et Thierry Mouyouma, une question devient difficile à éluder, jusqu’où peut aller un ministre lorsqu’il semble confondre l’autorité que lui confère l’État avec le pouvoir de régler des différends personnels ? Après le blocage présumé du prize money de Mangasport, la convocation de Thierry Mouyouma à la DGSS et, selon des témoignages concordants recueillis par Dépêches 241, une démarche auprès de l’Administrateur Directeur Général de Comilog pour limoger TM, c’est l’image même de la fonction ministérielle qui paraît aujourd’hui mise à rude épreuve.
Il y a les ministres qui gouvernent, et il y a ceux qui règlent leurs comptes en se servant du gouvernement comme d’un paravent. Paul Kessany, à en croire les révélations recoupées par la rédaction de Dépêches 241, semble avoir choisi la seconde option. Après avoir bloqué le prize money de champion de l’AS Mangasport pour une affaire d’excuses personnelles de l’ancien sélectionneur des Panthères, le ministre des Sports serait allé chercher des relais autrement plus lourds contre Thierry Mouyouma.
L’ancien capitaine des Panthères du Gabon a en effet saisi par téléphone (comme à son habitude), Léopold Batolo, l’Administrateur Directeur Général de la Comilog. Un appel dans le but d’obtenir le départ de Thierry Mouyouma de Mangasport, puis la Direction Générale des Services Spéciaux, saisie sur la foi d’une version des faits que les militaires eux-mêmes auraient jugée sans rapport avec la réalité.
L’appel à Comilog, la fonction ministérielle réduite et abaissée au rôle de règlement de comptes ?
Selon un dirigeant de l’AS Mangasport, joint et vérifié par notre rédaction, le ministre a bel et bien appelé Léopold Batolo, l’ADG de la Comilog, pour se plaindre de l’attitude de Thierry Mouyouma lors de la remise du trophée à l’issue du match contre Stade Mandji. Le témoignage recueilli est sans détour : « L’actuel ministre a en effet contacté Léopold Batolo, l’ADG de Comilog pour se plaindre de la réaction de Thierry Mouyouma à la remise du trophée au terme du match contre Stade Mandji. L’ADG étant en France au moment de l’appel du ministre, il a attendu une fois au Gabon, d’évoquer la situation avec la direction qui a tout de suite battu en brèche les raisons évoquées par le ministre, précisant que c’est un non-événement », a-t-il indiqué.
Que l’on saisisse quelques instants la mesure de la scène. Un ministre de la République décroche son téléphone pour exiger d’une entreprise stratégique de l’État le licenciement d’un entraîneur, motif invoqué, une médaille reçue à la main plutôt qu’autour du cou. Même la Comilog, pourtant sollicitée par l’autorité de tutelle du Sport, n’aura pas jugé bon de donner suite à une requête aussi basse et dérisoire dans son objet que disproportionnée dans ses moyens. C’est peu dire que la vénalité du procédé n’aura échappé à personne, pas même à ceux à qui la demande a été faite pour l’exécuter.
Les Services Spéciaux mobilisés pour un événement: le persécution en acte
Plus grave, et plus révélateur encore de l’acharnement : le même incident aurait servi de prétexte à une mise en branle de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS), à qui le ministre aurait présenté une version des faits éloignée de la vérité. Heureusement pour lui, Thierry Mouyouma détenait une preuve irréfutable : « Thierry Mouyouma avait heureusement sur lui la vidéo de la remise des médailles qu’il a présentée aux militaires pendant son audition », ajoute le dirigeant de Mangasport.
Qu’un geste protocolaire décliné sur une pelouse de football ait pu déclencher une audition devant les services spéciaux de l’État dit, à lui seul, l’ampleur de l’ignominie. Ce n’est plus de la rigueur institutionnelle, c’est de la persécution instrumentalisée, où l’appareil sécuritaire de la Nation se retrouve détourné au service des frustrations d’un homme blessé dans son amour-propre.
Le ministre des Sports ne se serait pas arrêté là. Au moment de saisir la Ligue nationale de football professionnel (LINAFP) afin de réclamer l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre Thierry Mouyouma, Paul Kessany aurait invoqué une demande émanant des plus hautes autorités. Il aurait ainsi laissé entendre que le Conseil interministériel présidé par le vice-président du gouvernement Herman Immongault avait exigé des explications sur l’incident de Port-Gentil. Une manière, peut-être, de faire pression sur Mbicka Ndjambou et les siens.
Sans pouvoir affirmer avec certitude que Herman Immongault s’est réellement saisi de cette affaire, un précédent invite néanmoins à la prudence. Celui de cette convocation à la Présidence où, alors qu’il n’était que conseiller, Paul Kessany s’était permis, sans la moindre gêne, d’invoquer le nom du Président de la République ainsi que celui de l’ancien ministre des Sports pour justifier une réunion organisée, selon Mouyouma, à des fins qui lui étaient propres.
Aujourd’hui ministre, l’homme, déjà familier de ce type de procédé , ne semblerait pas davantage embarrassé à l’idée d’invoquer un nouveau prétexte pour parvenir à ses fins, quitte à entraîner dans son récit mensonger ou pas, son supérieur hiérarchique, qui n’est autre que le vice-président du gouvernement.
À force de voir les noms et les institutions servir de leviers dans des batailles qui paraissent parfois bien personnelles, une question finit inévitablement par surgir, jusqu’où peut-il aller ? Et surtout, existe-t-il seulement une limite qu’il ne serait pas prêt à franchir ?
Une obsession qui ne date pas d’hier
Ce nouvel épisode d’une campagne de persécution habilement menée ne surgit de nulle part. Il s’inscrit dans une continuité que les observateurs du football gabonais connaissent bien. L’affaire Gaboma, où Thierry Mouyouma avait publiquement désigné Paul Kessany comme l’instigateur de la campagne de dénigrement orchestrée par Romain Molina, puis l’épisode, alors que Kessany était Conseiller Spécial du Président, d’une convocation de Mouyouma au Palais présidentiel sous un prétexte qui s’est révélé être un grossier mensonge, dans le sillage des accusations de boycott ayant visé la sélection nationale lors de la CAN au Maroc.
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À chaque étape, la même signature : jamais un écrit, jamais une trace formelle assumée, mais des coups de fil, des intermédiaires sollicités, des versions arrangées présentées à des tiers. Une méthode qui ne doit rien à l’improvisation, et tout à une obsession, froidement entretenue, de nuire à un seul homme sans jamais avoir à en répondre.
De la noblesse à la souillure: un ministre qui n’a pas pris la mesure de sa charge ?
Un ministre qui appelle l’ADG d’une entreprise publique pour exiger le licenciement d’un entraîneur, qui œuvre pour une audition d’un coach chez les services spéciaux de l’État pour un non-événement sportif, et qui préfère systématiquement le combiné téléphonique à l’écrit pour ne laisser aucune trace de ses agissements, n’exerce plus une fonction, il la désacralise, méthodiquement, épisode après épisode. Ce comportement porte un nom que la décence commande à peine de prononcer, l’abus de pouvoir doublé d’une fourberie procédurale, celle qui consiste à agir dans l’ombre pour ne jamais avoir à s’exposer au grand jour afin que l’opinion longtemps trompée par des prêches sur la vertu, ne se rende compte de son visage réel.
Ériger la bassesse, le ressentiment et le règlement de comptes en mode de gouvernance ne produit jamais rien d’autre que ce que l’on observe ici, une fonction vidée de sa noblesse et de substance, une institution abaissée au rang d’instrument personnel, et un homme qui, manifestement, n’a pas pris la mesure de la charge qui lui a été confiée. Car Gouverner, ce n’est pas régner sur ses rancunes à l’abri d’un téléphone, c’est assumer, à visage découvert, les décisions que l’on prend et manœuvre, que l’on entreprend.
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Paul Kessany, en multipliant les manœuvres contre un seul et même homme, s’installe non dans la hauteur que sa fonction devrait lui commander, mais dans une souillure dont le football gabonais, à chaque nouvel épisode, continue de payer le prix. Le pire, c’est que toute cette souillure est orchestrée par un ancien footballeur dont on pensait qu’il était la solution au moment de sa nomination. Aujourd’hui, plus que jamais, il est perçu par beaucoup comme le problème.
Contacté, le cabinet du ministre des Sports n’a pas donné de suite ni aux appels, ni aux messages laissés par notre rédaction.







