Discours sur l’égalité devant la loi: tous égaux devant la loi, sauf les proches et les intouchables ? 

Entre la noblesse du discours et la réalité des actes, l’égalité attend encore son verdict © Dépêches 241

Libreville, le 2 septembre 2026 – (Dépêches 241). Le 30 août, jour de la Fête de la Libération, le Président de la République a prononcé, à l’occasion de son adresse à la Nation, des mots qui auraient pu être gravés au fronton de tous les palais de justice du pays. Brice Clotaire Oligui Nguéma y a érigé l’égalité devant la loi en pierre angulaire de la République qu’il appelle de ses vœux. Un principe noble, une promesse solennelle, mais que l’actualité récente, faite de suspensions à géométrie variable et de proches manifestement épargnés, s’entête à contredire.

Dans son adresse à la Nation à l’occasion de la commémoration du 30 août, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a rappelé avec une solennité bienvenue l’un des fondements les plus sacrés de toute démocratie, l’égalité de tous devant la loi. Un discours noble, républicain et nécessaire. Mais une exigence de cette nature ne prend toute sa force que lorsqu’elle traverse sans distinction les cercles du pouvoir, les proximités familiales et les fidélités politiques. Car, l’État de droit ne se mesure pas seulement à la sévérité avec laquelle il frappe certains, mais aussi à sa capacité à ne protéger personne. 

Le verbe et la promesse 

Il y a dans la parole présidentielle une élégance qui force le respect. « Dans le Gabon que nous voulons bâtir, l’égalité devant la loi est un principe constitutionnel. Aucun pan de la société ne peut s’y soustraire », a déclaré le Chef de l’État, avec cette gravité que confère la fonction lorsqu’elle se souvient de ses devoirs. 

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La formule ne se contente pas d’affirmer un idéal, elle en dessine les contours les plus larges, puisque le Président a pris soin de préciser : « Qu’il s’agisse d’un membre du Gouvernement, d’un magistrat, d’un avocat, d’un haut responsable civil ou militaire, d’un médecin, d’une sage-femme, d’un agent de l’État ou d’un opérateur économique, chacun doit désormais répondre de ses actes. ». C’est ainsi, en effet, que devrait fonctionner une Nation où l’État de droit n’est pas un slogan de tribune mais une architecture vivante.

Et l’on veut croire, en écoutant ce discours, que le Conseil de discipline du Conseil de la magistrature, qui vient de radier Eddy Narcisse Minang, ancien Procureur général près la Cour d’appel de Libreville, et de sanctionner Bruno Obiang Mve, ancien procureur de la République, de douze mois de suspension assortie d’une suspension partielle de salaire, n’est que le premier chapitre d’une purge sans exception ni faveur.

L’ombre portée du sérail 

Mais l’exigence d’égalité, pour mériter son nom, ne saurait s’arrêter au seuil des antichambres du pouvoir. Elle doit, si elle est sincère, traverser les liens du sang comme ceux de l’alliance. Or, le souvenir est encore frais d’Aurélien Mintsa Mi Nguéma, petit frère du Président et ancien Directeur Général du Budget et des Finances Publiques, suspendu de ses fonctions en juin 2024 sur fond de soupçons de malversations financières,  sans que l’on sache, depuis, ce qu’il est advenu de cette affaires et de ces soupçons.

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Plus troublant encore, l’affaire WebCor, ce scandale de haute trahison où Diane Moussounda, sœur aînée de la seconde épouse du Chef de l’État, a signé aux côtés de Jean Paul Komanda, alors Premier Président du Conseil d’État, un protocole transactionnel qui a mis le Gabon en défaut face à l’entreprise maltaise WebCor. Komanda, lui, a payé le prix de sa fonction, Diane Moussounda, nommée depuis à la tête de l’Agence Judiciaire de l’État, n’a jamais eu à répondre de rien. Deux signataires, un même dossier, un seul sanctionné : voilà qui ressemble fort à cette « soustraction » que le Président promettait pourtant d’abolir.

Les scandales que la loi n’a pas vu 

La liste, hélas, ne s’arrête pas là. Au ministère de l’Éducation Nationale, une enquête sur les primes des vacations a mis au jour la disparition de plus de 700 millions de francs CFA. Parmi les vingt-cinq agents entendus, l’un d’eux a formellement mis en cause la ministre Camélia Ntoutoume Leclerc, précisant que toute dépense engagée par le département porte son sceau, quelle qu’en soit la nature. Cet aveu n’a, à ce jour, déclenché aucune poursuite.

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Et que dire de l’affaire Ogowet Siffon, où l’ancien ministre du Tourisme, interpellé par le B2 puis écroué le 22 décembre 2025, a mis en cause de manière répétée sa secrétaire générale, Liliane Ngari, qu’il présente comme complice et actrice centrale des détournements ? Le 24 décembre, c’est pourtant lui seul qui restait sous mandat de dépôt, tandis que celle qu’il accusait recouvrait sa liberté. 

Ainsi va, semble-t-il, la justice gabonaise : sévère pour qui tombe en disgrâce, silencieuse pour qui reste dans les bonnes grâces du système. Le discours du 30 août mérite d’être salué pour sa noblesse mais il mériterait surtout d’être tenu et appliqué avec rigueur, objectivité et impartialité pour tous. 

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