Accusations, élections Fegafoot et coïncidences: revoilà Romain Molina, comme en 2021 avec un air de déjà vu 

Avec Romain Molina, les accusations interviennent toujours étrangement à la veille des mêmes enjeux ©Dépêches 241

Libreville, le 7 avril 2026 – (Dépêches 241). À l’approche d’une nouvelle élection à la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), le journaliste français Romain Molina a de nouveau pris la parole sur le football gabonais. Une sortie qui, par sa temporalité et la nature des accusations formulées, rappelle un précédent survenu en 2021 à l’orée de la Can au Cameroun. Sans céder à la polémique ni à la défense d’intérêts particuliers, l’analyse de cette récurrence particulière invite à une lecture mesurée et rigoureuse.

Il est des journalistes qui surgissent là où l’information les appelle. Et puis, il y a ceux dont les enquêtes semblent obéir à un calendrier plus discret, presque immuable. À l’approche d’une nouvelle élection à la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), Romain Molina refait surface. Comme il ya quelques années, dans le même décor, avec les mêmes promesses de vérité et une assurance intacte.

La coïncidence ici mérite en effet d’être relevée. Car la scène n’est pas nouvelle. En 2021 déjà, à la veille d’une élection fédérale et dans le sillage d’une Coupe d’Afrique des Nations certes acceptable mais perturbée par des revelations sur le scandale de la pédophilie, le journaliste français intervenait dans un football gabonais fragilisé par des résultats ternes et engagé dans une phase de recomposition institutionnelle. Les accusations étaient lourdes, formulées avec aplomb, à propos d’un environnement qu’il affirmait connaître, sans que l’on ne puisse toutefois, relever une présence effective ni un véritable travail d’investigation et de terrain au Gabon. 

LIRE AUSSI: Capello Gate: Molina charge à nouveau Ahmed Mombo et évoque des preuves accablantes

À l’époque, les mots étaient définitifs. Les preuves, annoncées comme irréfutables et comme des litanies, se sont dissipées avec le temps. Cinq ans plus tard, elles demeurent introuvables. Ce décalage entre la certitude affichée, l’éloignement géographique et l’absence d’éléments tangibles constitue un premier motif d’interrogation.

En 2021, plusieurs personnalités avaient été mises en cause. Pierre Alain Mounguengui, alors président de la Fegafoot et réélu dans ce contexte, en avait payé le prix fort : six mois de détention et une réputation durablement exposée à la vindicte publique. Pourtant, les preuves annoncées comme déterminantes n’ont jamais été présentées à l’opinion. Progressivement, une autre lecture des faits s’est imposée : celle d’un complot nourri d’inimitiés locales, d’ambitions personnelles et de relais extérieurs prompts à amplifier le tumulte.

LIRE AUSSI: Deux mois après l’incarcération de PAM: Petites leçons de choses

Dans ce basculement , plusieurs acteurs gabonais, politiques, anciens joueurs, journalistes sportifs, ont alors été cités comme ayant contribué à la préparation à la diffusion à l’orchestration de cette infâme conspiration. Lors d’une conférence de presse, l’ancien international Stéphane Nguéma avait notamment désigné certaines figures, dont Rémy Ebanega, connu pour son opposition à la direction de la Fegafoot comme un acteur central de l’intrigue. Là encore, les preuves promises, tant par l’ancien international gabonais que par Romain Molina lui-même, n’ont jamais été produites, laissant subsister une zone d’ombre persistante.

La séquence actuelle, en 2026, présente des similitudes troublantes. Si le décor a légèrement changé, la mécanique demeure. À quelques mois d’une nouvelle élection fédérale, dans un climat de désillusion sportive consécutive à une CAN éprouvante et décevante, Romain Molina revient avec un angle différent, mais une logique comparable. Après sa mise en branle les mêmes accusés de conspiration furent les premiers à amplifier la narratif du journaliste. Étrange non ?

LIRE AUSSI: Affaire Capello: Stéphane Nguéma dénonce le complot ourdi par Ebanega pour faire tomber la Fegafoot

Seulement, cette fois, la cible se déplace. Les accusations ne visent plus directement le président de la Fegafoot, mais le sélectionneur national, présenté comme le centre d’un système supposément mafieux, mêlant trafics d’influence, convocations orientées et détournement de primes. Le récit est dense, grave, conçu pour susciter l’indignation et pour enflammer les émotions populaires dans un contexte de haute déception. Les faits, eux, par contre, attendent encore leur démonstration.

À ce stade, aucune conclusion définitive ne saurait être tirée. Le sélectionneur Thierry Mouyouma a annoncé son intention de livrer sa part de vérité, ce qui appelle, une fois encore, à une analyse prudente et équilibrée.

LIRE AUSSI:  Capello Gate: 2 mois après les révélations de Stephane Nguema, pourquoi Ebanega et l’ANFPG n’ont-ils toujours pas apporté de démenti

Dans ce climat d’émotion et de réactions passionnelles, l’histoire récente invite à la retenue. Non par complaisance envers les institutions sportives, mais par exigence de cohérence intellectuelle. La crédibilité d’une enquête repose autant sur la solidité de ses preuves que sur la constance de la démarche de son auteur. Or, la répétition des révélations majeures à des moments institutionnellement sensibles, conjuguée à l’absence persistante de preuves lors des épisodes précédents, impose une lecture distanciée. Cette réserve ne vaut ni acquittement ni condamnation, elle relève simplement d’une exigence élémentaire de rigueur.

LIRE AUSSI: Pédophilie dans le Football: Pour Ali Bongo la justice doit être « intraitable » sur l’affaire Capello

Lorsqu’un enquêteur auto proclamé annonce des preuves sans jamais les produire, puis revient dans un contexte similaire avec de nouvelles certitudes, le doute cesse d’être un parti pris : il devient une méthode. D’autant que la réputation de Romain Molina, au-delà du seul cas gabonais, alimente une perplexité plus large. Dans d’autres pays, y compris au Cameroun, son nom est associé à des qualificatifs sévères , maître-chanteur pour les uns, conspirateur pour les autres. Des jugements discutables, certes, mais suffisamment récurrents pour inviter à considérer que, ici, le messager fait aussi partie du message.

LIRE AUSSI: Football: Romain Molina maître chanteur ?

Cette nouvelle affaire révèle par ailleurs une fragilité plus profonde : la propension de certains acteurs nationaux à relayer, voire amplifier, des narratifs préjudiciables à l’image du pays, parfois au service d’intérêts personnels à peine dissimulés. Si la transparence est une exigence légitime, elle ne saurait se confondre avec la fragilisation systématique des institutions par des accusations répétées et non étayées. Lorsque la dénonciation devient un levier individuel et que l’intérêt national s’efface, l’information cesse d’éclairer pour commencer à brûler, diviser et désorganiser.

LIRE AUSSI: Accusation de Pédocriminalité: « pour échapper à la justice Molina se cache désormais dans un village en Espagne », affirme l’avocate de HPO 

In fine, le retour de Romain Molina ne pose pas seulement la question de la véracité de ses accusations. Il interroge leur répétition, leur temporalité et la constance d’un récit qui surgit toujours aux mêmes carrefours stratégiques. À force de coïncidences, l’analyse devient inévitable. Et le lecteur averti, sans condamner ni absoudre, sans passion ni émotion, apprend à regarder ces enquêtes avec recul et sang-froid. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*